Marc, éleveur et viticulteur Bio dans l’Aude

Entretien avec Marc, agriculteur bio dans l’Aude.

Pourriez-vous décrire en quelques mots votre exploitation et votre activité ?

Je suis viticulteur et éleveur à Festes-Et-Saint-André, dans l’Aude. Je commercialise ainsi d’une part 3 effervescents (Crémant, Blanquette, Méthode Ancestrale) et 2 vins blancs secs (un Chardonnais et un Chenin) et d’autre part des colis de viandes.  Je vends les trois-quart de ma production en vente directe (livraison à des particuliers et à quelques magasins bios).

Avez-vous toujours été agriculteur ? Qu’est-ce qui vous à pousser à vous lancer dans ce métier ?

Je suis devenu agriculteur à 25 ans. Auparavant, j’ai fait 2 ans de service civil et quelques petits boulots alimentaires (cueillettes, restauration, travail à l’usine, …). J’ai peu de diplôme, mon plus haut diplôme est le BEPCE et une formation agricole obligatoire pour bénéficier des aides. Cela m’a permis de connaître les bases du métier, notamment administratives.

A 21 ans, j’ai quitté Paris pour venir m’installer dans l’Aude. C’était une forme de crise d’adolescence un peu tardive, j’avais envie de mettre un peu de distance avec mes parents. Je n’avais pas de projet précis, j’étais assez idéaliste et je pensais que dans ce coin perdu, j’allais pouvoir réinventer le monde et développer des pratiques et des théories écologiques. J’étais jeune, j’avais un tas d’idéaux et je pensais que j’allais pouvoir ne pas travailler. J’avais lu quelques ouvrages dont le Droit à la paresse de Paul Lagargue ou Do it de Jerry Rubin qui prônait une sorte d’action directe pour pouvoir changer la société par soi-même. Je voulais rompre avec le capitalisme et le patriarcat, j’étais une sorte de « post-soixantuitard ».

Il y a une sorte de désillusion dans ce que vous dites. Ces rêves de jeunesse se sont-ils envolés ?

Oui et non. Je n’ai pas vécu sans travailler. J’ai fait le contraire. Plus je vieillis, plus je travaille. Je suis revenu sur cette idée que le non-travail était libérateur. Je pense que le travail est une valeur qui permet de se réaliser. Il faut certainement travailler moins et pouvoir consacrer du temps à un certain nombre de choses qui forgent l’esprit (le sport, la musique, etc).  Je pensais que j’allais pouvoir réinventer un nouveau modèle. Je l’ai fait en quelque sorte avec la CUMA, les Groupements Pastoraux pour l’élevage, l’Association de promotion de nos produits. Pour ça, le secteur agricole est assez riche et a construit tout un tas de structures et de moyens pour soutenir la filière. J’y participe encore, j’y suis largement investi via l’association Bio-Aude. Cette idée de rompre avec le travail s’est transformée : le travail il faut peut-être le partager pour pouvoir s’en sortir et être plus fort.

Justement, pourriez-vous en dire plus sur l’association Bio-Aude ?

C’est une association de producteurs créée en 1986 dans laquelle nous essayons d’associer quelques partenaires (magasins bios, …). L’association compte aujourd’hui 300 adhérents sur les 800 agriculteurs certifiés bios dans l’Aude. Nous essayons d’accompagner les agriculteurs dans leurs démarches : sur l’aspect administratif avec les dossiers PAC, sur le passage au Bio avec du conseil, ou encore des formations à thème qui peuvent les intéresser. Nous avons notamment accompagné la labellisation d’une marque de farine avec des variétés anciennes, créé le Salon des vins bios de l’Aude, et aussi lancé un projet de tourisme itinérant (route des vins).

Que pensez-vous du système d’aides actuel ?

Je pense qu’il faut maintenir le système de la PAC et il faut l’harmoniser. Certaines filières (apiculteurs) ne sont pas soutenus. Le système d’aides doit être maintenu et orienté vers une politique de développement. L’agriculture est une filière qui participe à la protection des ressources (couche d’ozone, eau, …), crée des emplois et joue un rôle important dans l’équilibre de la balance commerciale. Il faut soutenir le développement de certaines filières ciblées comme le bio qui participent à l’essor de cette agriculture vertueuse.

Que pensez-vous des nouvelles technologies innovantes (drones, logiciels de gestion, etc) dans l’Agriculture ?

Est-ce que cela fera progresser, je ne sais pas. Les outils technologiques ne sont pas un progrès en soit, c’est la manière dont on les utilise qui crée un progrès. La qualité d’un agriculteur, c’est de savoir optimiser tous les moyens qu’il a à disposition : son sol, son climat, son environnement, ses différents réseaux au sens large qu’il a autour de lui. Les outils technologiques sont des éléments qui vont aider à mettre en marche ces différentes formes. Ce qui est important c’est le développement des concepts et des moyens. Un outil technologique seul, il aura une certaine utilité mais le même outil placé dans un projet, là il prendra tout son sens.

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