AQWA

Echange avec Pauline et Manon, deux co-fondatrices d’AQWA.

Pauline et Manon nous présentent AQWA, leur association de mesure d’impact sur le thème de l’eau. Avec deux autres co-fondatrices, elles ont eu l’occasion de rencontrer des agriculteurs en parcourant le monde.

Pourriez-vous présenter en quelques mots l’association AQWA, ses objectifs, l’origine du projet, l’équipe, … ?

Pauline : AQWA, c’est une aventure qui a commencé à l’été 2015. Mathilde, Nathalie, Manon et moi-même, Pauline, nous sommes rassemblées autour d’un projet commun, qui s’est concrétisé par la création de notre association, AQWA. AQWA (Assessment for Quality Water Access), qui se cristallise autour de sujets et valeurs en lien avec l’entrepreneuriat social et l’économie sociale et solidaire, vise à contribuer au développement de structures agissant dans le secteur de l’eau dans le monde entier, via la mise en valeur de l’impact social qu’elles génèrent. L’association a ainsi développé une expertise en mesure d’impact social, notamment grâce à son partenaire le plus proche, (IM)PROVE, qui nous a transmis sa méthodologie. La mesure d’impact social présente de nombreux bénéfices pour l’organisation qui en fait l’objet : elle lui permet d’optimiser son impact en ajustant ses actions selon les résultats de l’étude, de communiquer en interne sur les impacts positifs générés, ce qui rebooste volontiers les équipes, et de communiquer en externe à des partenaires, investisseurs ou donateurs existants ou futurs.
C’était en fait un projet de plus de deux ans dans lequel nous nous lancions en 2015 : un an de préparation, puis un an de voyage sur plusieurs continents, pour réaliser une série de six missions de mesure d’impact social auprès d’ONG, entrepreneurs sociaux ou fondations dans le secteur de l’eau.
L’année de préparation a été un véritable challenge. Mathilde avait créé une startup 2 ans auparavant, Nathalie étudiait au Brésil, Manon travaillait en gestion de projets et d’évènements pour Convergences et j’effectuais un stage en conseil à Paris. En parallèle de ces activités, il nous fallait trouver nos partenaires, nos missions, et rassembler quelques fonds pour pouvoir tenir l’année de voyage.
Lorsque nous sommes enfin parties sur le terrain, le 4 septembre 2016, nous avions de nombreuses pistes de missions mais seulement deux d’entre elles étaient réellement confirmées. Il a fallu apprendre à gérer les imprévus et une organisation parfois « last-minute » !
La première mission, auprès de la fondation Orange, nous a fait voyager en Côte d’Ivoire, en Tunisie puis au Sénégal. Nous avons ensuite passé 6 semaines en Tanzanie auprès de l’ONG MSABI, puis 4 mois en Inde avec les organisations Hand in Hand India et Barefoot College, 6 semaines au Cambodge auprès de la fondation WAH, et enfin 3 semaines en Equateur et un mois en Colombie pour la Fondation Avina. Nous avions décidé d’envisager le secteur de l’eau dans son ensemble, et avons donc travaillé sur des missions très diverses, de l’accès à l’eau via pompes dans les villages ivoiriens, aux systèmes de micro-assurance sur l’entretien des pompes en Tanzanie, à la gestion de l’eau pour les agriculteurs dans des régions arides de l’Inde, ou encore à la gestion communautaire de l’eau à domicile en Amérique Latine.

 

Agriculteurs AQWA

Dans le cadre de vos missions, vous vous êtes notamment intéressés à l’Inde. Quelles sont les problématiques des agriculteurs rencontrés dans ce pays ?

Manon : De nombreux territoires en Inde souffrent de sécheresse, et ce phénomène s’est aggravé ces dernières années avec le réchauffement climatique. 2017 était la pire sécheresse depuis 140 ans. Les agriculteurs sont particulièrement vulnérables à la faible pluviométrie, avec 60 % des terres cultivables qui ne sont pas dotées de systèmes d’irrigation efficaces, et qui s’en remettent simplement aux intempéries. Cette situation a nourri le désespoir, et a poussé de nombreux paysans au suicide, comme mentionné dans de nombreux journaux internationaux. C’est le cas des paysans du Tamil Nadu (où nous avons réalisé notre première mission), qui ont en mars 2017 lancé des opérations chocs pour attirer l’attention du gouvernement et de la société civile. Ils ont posé devant les photographes avec des crânes pour rendre hommage à leurs confrères, ou avec des souris vivantes entre les dents, afin de montrer qu’ils en sont réduits à se nourrir de rongeurs. La production du riz dans le Tamil Nadu, contre le mil cultivé traditionnellement, a également empiré la situation car s’il est populaire parmi les paysans, les rizières doivent être irriguées. Le Rajasthan, où nous avons également travaillé, est la région la plus désertique d’Inde, contrainte à des cultures qui peuvent se développer dans des milieux semi-arides. Les paysans  y vivent principalement de l’élevage. Un enjeu important est donc l’accès à l’eau pour le bétail, durant toute l’année. Enfin, un des grands enjeux en Inde est l’accès durable à l’eau, car les politiques nationales consistent à puiser dans les ressources souterraines. Or, selon le Central Groundwater Board of India, à ce rythme, les réservoirs d’eaux souterraines pourrait s’assécher d’ici à 2025 dans 15 Etats indiens.

Pourriez-vous décrire l’une de vos missions en Inde en lien avec l’Agriculture ? Quel est l’impact des organisations locales (ONG) sur les activités des agriculteurs ?

Manon : Les deux organisations pour lesquelles nous avons travaillé concentraient leurs actions sur l’amélioration de systèmes de captation des eaux de pluie, soit au niveau d’un champ (ex: rigoles, bassins), soit au niveau du village (étangs). Ces systèmes simples et souvent traditionnels permettent une meilleure infiltration dans les terres, et constituent un réservoir d’eau pour l’irrigation, ou pour le bétail. Ils peuvent même permettre de développer de nouvelles activités génératrices de revenus, comme l’élevage de poissons!  Ce sont des projets à bas coûts et durables. Notre mission était de mesurer l’impact de ces projets, en comparant un groupe bénéficiaire du projet, et un autre groupe dit “témoin” n’en n’ayant pas bénéficié. Une mission type pour nous était de 6 semaines : 1 semaine pour comprendre le projet et créer les outils de collecte de données,  3 semaines d’interviews avec les paysans (avec nos traducteurs locaux bien sûr, à l’anglais parfois approximatif!) et enfin 2 semaines d’analyse et de restitution auprès de l’ONG locale. En se baladant de villages en villages, de maisons en maisons, nous avons eu la chance d’aller au plus près des paysans, et de vivre l’hospitalité à l’indienne !

Agriculteurs indiens

Quel est le futur du projet AQWA ?

Pauline : Lorsque nous sommes rentrées du périple, en août 2017, nous étions toutes décidées à ne pas abandonner l’association que nous avions créée deux ans auparavant. Nous y avions passé trop de temps, et y avions mis trop d’énergie ! De plus, pendant le voyage, nous avions observé qu’il y avait une véritable demande de missions de mesure d’impact social. Certains de nos partenaires en demandaient encore ! Au-delà de la mesure d’impact, il y avait également de la demande sur d’autres dimensions du développement: l’engagement communautaire, le business development, la création d’outils de communication etc. Nous ne pouvions pas repartir nous-mêmes sur le terrain puisque chacune de nous devaient reprendre leurs études ou trouver un emploi. Nous pouvions cependant faire une chose: recruter de nouvelles équipes depuis la France, les former, puis les envoyer réaliser de telles missions à l’étranger. Cette idée aurait le double effet de sensibiliser la jeunesse – de la même manière que nous avions été sensibilisées – aux problématiques de l’entrepreneuriat et de l’impact social, et de satisfaire cette demande des organisations locales du secteur de l’eau à l’étranger.
C’est ainsi que nous avons reconverti AQWA en une plateforme d’opportunité pour de nouvelles équipes de jeunes. Nous recrutons en ce moment notre première équipe pour une mission au Cambodge auprès de la Fondation WAH, avec laquelle nous avions nous-mêmes travaillé. Nous sommes ravies de voir la motivation des candidats et celle de la Fondation pour cette nouvelle aventure !
Alors restez branchés pour de nouvelles missions terrain dans le futur !

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