Patrick, agriculteur et Maire en Dordogne

Échange avec Patrick, agriculteur et Maire en Dordogne :

Rencontre avec Patrick, agriculteur et Maire de Villetoureix, commune de 950 habitants en Dordogne. Patrick évoque sa double activité au cours d’un entretien.

Pourriez-vous décrire votre activité d’agriculteur ?

Je me suis installé il y a 24 ans en installation individuelle hors cadre familial. Je me suis lancé de cette façon en ayant un bac pro agricole et après 4 ans de commercial dans le secteur agricole. Ma passion c’était de m’installer. Mes parents possédaient une petite exploitation familiale qui ne permettaient pas de faire vivre une personne supplémentaire. J’ai décidé de m’installer seul et de créer mon exploitation céréalière suite au départ à la retraite de quelques petits exploitants de la région. Je savais que ce serait difficile et qu’il faudrait faire preuve de sacrifices.

Petit à petit mon exploitation a grandi pour arriver à une exploitation autonome avec un employé. Ensuite, mon père est parti à la retraite à 62 ans et nous avons décidé de nous associer avec ma mère qui avait 10 ans de moins. Nous avons créé un GAEC (Groupement Agricole d’Exploitation en Commun) avec ma mère. Mes parents disposaient d’une exploitation laitière et j’avais une exploitation céréalière. C’était dans les années 2000.

Ensuite ma compagne a souhaité participer à l’activité et a décidé de s’installer également, cette fois-ci en bovin / viande. Nous avons développé de l’entraide entre ces 2 structures. Après 3 ans nous les avons fusionnées pour créer une SCEA : une Société Civile d’Exploitation Agricole. Cet outil de travail nous a permis d’embaucher un ouvrier supplémentaire.

A son tour, ma mère est partie à la retraite. Son départ ainsi que les nombreuses mises aux normes obligatoires dans l’élevage laitier et bovin nous ont conduit à arrêter la partie élevage laitier et à nous séparer de notre employé. Cette décision a été prise de façon à ne pas sombrer dans les dettes. Nous avons continué à évoluer uniquement avec des bovins / viandes et des céréales.

Un voisin est ensuite venu nous solliciter car il ne s’en sortait pas. Nous avons regroupé nos structures avec la sienne. Ca a duré 5 ans, puis il est parti. Nous avons racheté ses parts et avons recruté un nouvel employé.

25 ans après mon installation, nous sommes dans une situation un peu compliqué. Le monde agricole en Dordogne est principalement composé d’exploitations familiales. Ce type de structure est relativement menacé aujourd’hui. J’avais des ambitions mais je ne vois pas comment on pourra s’en sortir demain dans ce métier. L’agriculteur est le seul métier qui ne facture pas son produit. C’est celui qui achète qui facture et décide du prix. Un kg de viandes coute 3,5€ … alors que produire peut coûter 4,2€. De la même façon le blé coûte 150€ par tonne à produire et nous l’avons revendu 135€ en 2016.

Nous avons des coûts de production plus élevés qu’en Ukraine, en Pologne, ou bien en Russie. Ces pays nous prennent des parts de marché. La France a toujours essayé de se démarquer avec des produits de qualité, des labels, … mais cela ne suffit pas ou plus.

Aujourd’hui ma compagne est partie travaillée à l’extérieur pour assurer un revenu et faire vivre la famille. Nous avons changé la façon dont nous travaillons. Nous produisons beaucoup moins et allons plus à l’essentiel. Ma compagne assurait toute la partie comptabilité et j’ai dû le faire à sa place.

Nous sommes dans une situation où nous sommes obligés de « décapitaliser » mais ça ne va pas durer longtemps. Il y a 50% des exploitations en France qui n’ont pas de solutions à moyen terme.

Moi j’ai 50 ans, 49 exactement, cela fait 25 ans que je suis installé et il est temps de savoir comment je vais terminer ma carrière et ce que je dois faire mais dans le contexte actuel j’ai de gros gros doutes sur ma capacité à terminer ma carrière en tant qu’agriculteur.

Nous n’avons aucune vision positive à moyen terme. Nous entendons des gens qui disent qu’il faut nourrir le monde. Oui il faut nourrir le monde. Mais quand on voit l’Ukraine qui augmente sa production de 20% par an, eux vont réussir à nourrir le monde sans problème.

Autre exemple. L’Espagne a signé un contrat avec les Etats-Unis pour acheter leur maïs, en sachant que 90% de la production américaine sont des OGM. En France nous n’avons pas d’OGM. Mais les OGM peuvent rentrer transformés en France, via l’Espagne, sous la forme de  biscuits, …

Et votre activité de Maire ?

Je suis Maire de Villetoureix, petit village 950 habitants, situé à côté de Riberac. Nous avons la particularité d’avoir une école qui a ouvert une nouvelle classe là où le département de la Dordogne perd 650 élèves par an. Nous avons 110 élèves, de la maternelle jusqu’au départ au collège.

Nous avons fait un choix stratégique d’une alimentation scolaire de qualité à l’école, en valorisant les circuits courts (par exemple avec du poisson livré sur glace à partir de la criée 2 jours avant). Les légumes sont produits localement, etc.

Nous avons essayé de faire des petits marchés pour passer en-dessous des seuils des marchés publics et offrir une alimentation de qualité à nos enfants. L’impact économique est mineure pour notre région, l’objectif est d’abord la qualité des repas à l’école.

Comment conciliez-vous vos deux activités (agriculteur et maire) ?

En tant que maire, je suis chargé de tous les problèmes. Si un arbre tombe sur la route je dois m’en occuper. Ma fonction de maire m’occupe 6 à 7 heures par jour. Il y a des intercommunalités qui chapeautent les communes auxquelles je participe aussi. C’est lié à l’activité de maire, de façon à ne pas être déconnecté du système et suivre ce qui se passe.

Nous avons fait faire des travaux dans le bourg pour 800k€, nous avons offert du travail aux entreprises. Nous avons ce rôle de maîtrise d’ouvrage et maîtrise d’oeuvre également.

La commune fonctionne avec 7 employés : 2 secrétaires, 2 personnes à la cantine qui assurent également l’entretien des classe, 1 personne pour l’entretien des bâtiments publics comme la salle des fêtes, et 2 personnes en charge des espaces verts.

C’est important de se regrouper entre communes. Pour obtenir 20 mille habitants il faut avoir 50 communes, avec 60 kilomètres de distance entre chacune. En tant que maire, c’est une belle expérience, cela fait 4 ans que je suis élu, je suis content de l’avoir fait. Je n’en ferai pas toute une carrière. On le fait à fond plus on laisse la place aux autres.

Quelles sont les problématiques rencontrées par les agriculteurs dans votre entourage aujourd’hui ?

L’Agriculture ne se traite pas au niveau des communes. La maire n’a pas de requêtes particulières. Nous échangeons et pouvons ouvrir un petit marché le samedi matin sur la place du village pour favoriser la vente des produits locaux. C’est un agriculteur qui nous avait sollicité pour cela.

Que pensez-vous des nouvelles technologies dans l’Agriculture ?

Les nouvelles technologies ont envahi l’Agriculture. L’Agriculture de précision est pleinement dans nos exploitations, notamment celles de taille moyenne. Nous travaillons avec de la précision par guidage par satellite. Quand on fait des semis, on a un guidage qui évite de croiser, de doubler, etc. Inversement nous avons des appareils qui localisent l’engrais. Nous avons divisé par 3 la quantité d’engrais qu’utilisaient nos parents. Mais on préfère dire que les agriculteurs sont des pollueurs ! Bien sûr les effets ne sont pas immédiats, nous payons les erreurs faites il y a 30 ans.

Nous travaillons avec des analyseurs d’eau, de terre, de feuille pour connaître les besoins, aller au plus juste et ne pas avoir de gaspillage et respecter l’environnement.

Sur la partie vente en ligne, ça commence à se pratiquer, à la fois pour la revente de produits (conserves de foie gras, confits, …) et pour les achats (intrants, …).

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