Aurélie, éleveuse de chèvres en Normandie

Échange avec Aurélie, éleveuse de chèvres en Normandie. Aurélie nous parle de son quotidien et des chèvres des fossés, une race locale longtemps en voie de disparition.

Bonjour Aurélie, pourriez-vous décrire en quelques mots votre activité ?

Cela fait un an et demi que j’élève et que je trais des chèvres des fossés, une race locale de l’Ouest de la France, qui a longtemps été en voie de disparation. Nous sommes de nouveau quelques uns dans l’Ouest de la France à traire ces chèvres là.

C’est une race moins productive en lait que les Alpines et les Saanen, les deux races les plus élevées en France. A titre indicatif, les Alpines et la Saanen produisent entre 800 et 1000L de lait par an, là où les chèvres des fossés n’en produisent qu’entre 250 et 500L par an. Les chèvres des fossés n’ont pas été sélectionnées pour leur capacité à produit du lait en grande quantité mais plutôt pour leur qualité : il est plus gras, plus riche, et donc plus intéressant pour faire du fromage. D’ailleurs, avec 1L de lait des chèvres des fossés, on fait autant de fromage qu’avec 2L des autres races.

Mon mari est président de l’Association des chèvres des fossés. Nous participons en quelque sorte à la sauvegarde de cette race.

Comment vendez-vous votre production ?

Je ne transforme pas mon fromage comme la plupart des gens qui font ça. Je vends mon lait à un fromager à côté de chez moi qui le transforme et le vend lui-même.

Depuis combien de temps vous êtes-vous installées ? Que faisiez-vous auparavant ?

Cela fait seulement depuis janvier 2017 que je me suis installée mais mon mari a toujours eu une dizaine de ces chèvres là pour la sauvegarde la race. Au début on faisait cela comme un loisir.

Auparavant j’étais technicienne agricole pour une association d’éleveurs. J’ai exercé ce métier pendant 6-7 ans après avoir obtenu ma licence agricole. Mon mari aimait bien ces chèvres là et disposait aussi d’autres animaux normands (volailles, …). Je lui avais offert sa première chèvre des fossés et il a commencé à en élever pour la sauvegarde de cette race normande. On en a 45 maintenant.

Quelles raisons vous ont poussé à vous installer ?

Je manquais un peu de reconnaissance dans mon travail et j’avais toujours rêvé de m’installer. C’est donc assez naturellement que j’ai décidé de franchir le cap…

…et ce n’a pas été trop dur de lancer cette nouvelle activité ?

Je ne suis pas du coin, mes parents ne sont pas agriculteurs, mes beaux parents non plus. J’ai fait un BTS agricole, puis une licence. Au début je voulais travailler dans le para agricole et l’envie de m’installer est venue au fur et à mesure. Ce n’est pas évident quand vous n’êtes pas du coin, du milieu. Je m’étais dit que ça allait coûter trop cher, que ce serait compliqué, …

A côté les élevages sont beaucoup plus importants. Tous nos voisins ça les fait un peu rire notre histoire de chèvre, c’est un peu atypique. Mais il y a une tendance qui se développe en Normandie avec le développement des circuits courts. De plus en plus de gens viennent s’installer ici comme maraîchers avec seulement 3 ha de terres et commercialisent ensuite leurs produits sur les marchés locaux.

Êtes-vous seule aujourd’hui à travailler sur votre exploitation ?

Je suis toute seule mais mon mari m’aide beaucoup. Lui travaille à l’extérieur en tant qu’inséminateur bovin. Aujourd’hui par exemple il m’aide à faire de la clôture mais ce n’est pas son métier.

Qu’est-ce qu’une journée type pour vous ?

Je trais les chèvres tous les matin. Le midi, quand il fait beau, elles vont dehors avec leurs petits. Le soir quand elles rentrent, je les sépare de leurs petits. Les chèvres peuvent tout de même voir leurs petits la nuit, ils dorment juste à côté. Le matin mes chèvres ont du lait parce qu’elles n’ont pas nourris leurs petits pendant la nuit.

Dans mon exploitation, les mamans élèvent donc leurs petits. C’est un mode de fonctionnement dit « mono-traite » : je ne trais les mères qu’une fois par jour, le matin. Pendant la journée, les mères nourrissent leurs petits.

Est-ce que votre exploitation est Bio ?

Je suis en conversion Bio. En France 80% des chèvres laitières ne voient jamais un brin d’herbe. Elles sont toujours en bâtiments. Elles ne voient jamais le jour et ne mangent pas d’herbe. Le fromage de chèvre que les gens achètent au supermarché provient en général de chèvres qui ne sortent jamais.

La raison pour laquelle je me convertis au Bio est double : c’est un peu par philosophie et aussi pour les débouchés. Le lait est mieux valorisé dans des marchés de terroirs, dans des marchés du coin, et nous pouvons éventuellement vendre à des enseignes Bios comme Biocoop, …

Quelles sont les contraintes pour passer au Bio ?

Il y a beaucoup de contraintes, surtout alimentaires. Dans notre philosophie d’élevage, ces contraintes ne sont pas très grande car nous avons déjà mis en application la plupart d’entre elles. Par exemple, nous ne faisons pas de traitement médicamenteux. Pour nous des chèvres ça doit aller dehors. La seule grosse contrainte c’est l’alimentation. Si l’on donne quelques céréales, il faut qu’elles soient certifiés Bio. Et là ça coute plus cher qu’en conventionnel. Cela génère des charges importantes pour la ferme.

Combien de temps dure la conversion au Bio ?

Cela prend 2 ans. Pendant ces 2 ans, nous produisons en Bio mais ne valorisons pas notre production comme tel. Tous les ans il y a un contrôle sur rendez-vous et un autre contrôle inopiné. Une personne vient sans prévenir pour regarder ce que l’on fait. Il y a des sanctions si on ne suit pas les règles, des comptes à rendre, etc.

Y a-t-il des particularités / difficultés à être une femme agricultrice ?

Euh, moi je n’ai pas trouvé. Certains disent que oui. Mais pour moi ça n’a pas changé grand-chose.

Des nombreuses innovations voient le jour dans le secteur agricole. Qu’en pensez-vous ?

En fait, ces innovations (drones, objets connectés, etc) sont surtout utilisés en vache. En chèvre ça ne se fait pas trop. La taille de notre élevage est trop petit, cela n’aurait pas beaucoup d’intérêt pour nous. A part peut-être une caméra pour surveiller quand nos chèvres mettent bas. Cela peut être intéressant d’avoir des informations sur smartphones. Je ne suis pas contre.

Cela nous arrive aussi d’acheter sur internet, au plus simple et au plus pratique. J’achète aussi à la coopérative du coin. J’aime bien acheter sur internet pour moi personnellement. Il y a pas mal de choses spécifiques, surtout sur internet. Pour les chèvres, autour de nous il n’y a pas grand-chose. Chez nous on manque un peu de fournisseur.

Qu’aimez-vous dans votre métier ? A l’inverse, que n’aimez-vous pas ?

Ce que j’aime bien c’est surtout d’être mon propre chef. Même si je ne gagne pas très bien ma vie, pour l’instant en tout cas. Ça n’a pas de prix de faire sa vie, son propre programme, de définir ses propres obligations…

Ce que je n’aime pas. J’ai plein de copains agriculteurs. Je disais au début que l’aspect administratif ne m’embêterait pas mais en réalité on est quand même noyé sous les papiers.

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