Virginie, céréalière et vigneronne en Aveyron et Lot-et-Garonne

Échange avec Virginie, céréalière et vigneronne en Aveyron et Lot-et-Garonne. Virginie évoque son métier d’agricultrice et les raisons qui l’ont poussée à partager son quotidien dans un blog.

Bonjour Virginie, pourriez-vous décrire en quelques mots votre activité ?

Je suis agricultrice depuis quatorze ans. Je suis en grande culture sur une petite structure d’une quarantaine d’hectares. Je produis des semences : soja, tournesol, pois chiche et maïs. La particularité c’est que je dispose de deux sites distants de 100km (2 heures de route), un premier site dans le Lot-et-Garonne et l’autre dans l’Aveyron. Historiquement, les terres dans l’Aveyron appartenaient à mes grands parents. Ma mère habite toujours là-bas et j’ai repris les terres. Mon père habite lui dans le Lot-et-Garonne, ce qui explique le fait que je sois aussi présente dans cette région.

Je suis également vigneronne depuis quatre ans. J’ai six hectares de vignes et vinifie en société coopérative. Nous sommes ainsi sept vignerons à produire un vin appelé le « Vin du Tsar ». Cette petite structure existe les années 1980, vinifie 43ha en IGP Thézac Perricard. De par sa taille, nous travaillons « en famille ».

Les vignes du Camp d’Amour sous neige
Avez-vous toujours été agricultrice ?

J’ai toujours été agricultrice et je suis ingénieur agricole de formation.

Êtes-vous aidée par des salariés pour votre exploitation ?

J’ai des salariés saisonniers, sur la partie semence comme sur la partie vigne. Cette année, en congé maternité, j’ai bénéficié de remplaçants. Mon père me donne également des coups de main.

L’année a été difficile. Cela fait trois ans que l’on cumule mauvaise récolte et mauvais prix, ce qui rend l’embauche compliquée. Ma grossesse a rendu les choses un peu plus difficile. Le travail agricole en lui-même cela allait. En revanche il y avait toute la partie gestion administrative de l’entreprise que je gérais seule. Il fallait toujours que je sois présente au niveau de la structure. Ce n’était pas un réel congé de maternité ! Malgré tout, mon fils semble aprécier réunions, séminaires, et autres tri de dossiers administratifs, un réel bonheur d’être Agri’mam…

Agri’Mam en gestation
Quelles autres problématiques rencontrez-vous dans la conduite de vos activités ?

Dès 2009 je me suis intéressée à tout ce qui était « communication ». En étant productrice de maïs, c’était difficile, on parlait d’OGM, … Le regard du Grand Public sur les agriculteurs comme moi était dur. L’image de l’agriculteur était dure à porter, il y avait une pression sociale qui existait même au niveau familial. J’avais fait un appel pour qu’on nous aide à mieux communiquer sur notre métier. J’avais rencontré les associations environnementales pour discuter et j’ai finalement choisi de basculer sur une association appelée Passion Céréales qui a pour but de communiquer auprès du Grand Public et qui fournit des outils de communication à des agriculteurs. Fin 2013, Passion Céréales m’a proposé de me lancer dans le « Web 2.0 ». J’avais déjà un blog personnel. Je me suis mise aussi sur Twitter et Facebook et créé mon blog. Communiquer m’a permis de prendre du recul sur moi et sur mon activité.

Quel a été l’apport de Passion Céréales ?

Nous sommes une cinquantaine d’agriculteurs partout en France à interagir avec Passion Céréales. Nous nous réunissons une fois par an. Passion Céréales proposent des outils à but pédagogique (par exemple le site L’école des céréales). J’interviens dans des écoles ou auprès de journalistes. J’ai participé à un article dans La France Agricole, et un autre dans la revue Réussir. Parfois je relaye des documents qui sont amenés par Passion Céréales parce que je les trouve intéressants. Je reste toutefois indépendante. L’Association m’a formée au Web 2.0 mais j’ai toujours été libre de communiquer (ou pas) sur tel ou tel sujet.

Comment voyez-vous l’avenir pour votre activité ?

Aujourd’hui j’ai en tête de tenter une restructuration, de me laisser la perspective d’arrêter, de ralentir.  Les récoltes ne sont pas bonnes et les prix toujours bas. Mes prélèvements privés depuis 3 ans sont très bas. Je pense à au moins restructurer et travailler à l’extérieur pour pouvoir vivre. Pour moi c’est moins catastrophique parce que je suis dans une petite structure. Mais je pense que cela va poser problème pour beaucoup de structures à l’avenir.

Quand je me suis installée en décembre 2004, le maïs valait 80€/ tonne. J’ai connu des périodes, très rares, où les prix ont atteint 240€ par tonne mais en moyenne depuis 10 ans, ils sont à 150€/tonne. Dans les années 85-90, les prix étaient à 300€/tonne ! Il y a aussi les augmentations des charges, les lourdeurs administratives, les contraintes environnementales. Il manque du revenu pour pouvoir investir et vivre.

Nous sommes dans des régions très difficiles. Sur mes quarante hectares j’ai plus de vingt parcelles. Cela demande un travail considérable en entretien de haies notamment. Tout ce travail on le néglige parce que l’on n’a ni les moyens d’investir dans du matériel ni des salariés pour le réaliser. Au niveau social aussi, l’an dernier, avec le congé de maternité, j’ai eu du mal. Tout le travail que je dois réaliser n’est en plus pas « salariable ». Beaucoup d’agriculteurs essaient de se regrouper mais cela reste compliqué de trouver des perspectives.

Qu’est-ce qui vous retient dans votre métier ?

C’est un héritage. C’est comme une passion. Cela ne s’explique par forcément. Il y a des moments très particuliers, par exemple lorsqu’il est 6h du matin au levée du soleil, lorsque vous récoltez. C’est la relation à la nature, c’est travaillé avec le vivant. Tout ça c’est très intéressant. Toute cette partie là ne représente pourtant plus maintenant que 30% du travail. L’administratif me prend aujourd’hui 30% de mon temps et le reste concerne les réunions ou encore la communication.

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