Xavier, vigneron à Bordeaux

Échange avec Xavier Piton, vigneron à Bordeaux. Xavier nous parle de son domaine, le Château Belles-Graves, et de ce qui le passionne dans son métier.

Bonjour Xavier, pourriez-vous présenter en quelques mots votre domaine ?

Le Château Belles-Grave est une propriété de 17 hectares en appellation Lalande de Pomerol sur la commune de Néac. C’est un domaine familial dont j’ai repris la gestion de mes grands-parents en 1988. C’est un des domaines historiques, l’un des plus anciens du village de Néac. Nous avons la chance d’avoir un très beau bâtiment du 18ème siècle sur le sommet de la colline avec des vignes tout autour. C’est l’un des rares domaines comme cela.

Il s’agit bien sûr aussi d’un magnifique terroir viticole. Le vignoble y est implanté depuis le 15ème siècle, comme en attestent des documents d’archives, et très certainement depuis encore plus longtemps.

Combien de personnes travaillent sur le domaine ?

Actuellement, en équivalent temps plein à l’année, nous devons avoir entre 7 à 8 personnes. Le Château Belles-Graves est un domaine viticole mais nous avons aussi des chambres d’hôtes. Nos collaborateurs sont polyvalents et travaillent à la fois sur la partie viticole mais aussi pour les chambres d’hôtes. Notre chef de culture travaille à temps plein au vignoble mais par exemple notre maître de chai s’occupe aussi de l’accueil des visiteurs.

Quels vins produisez-vous ?

Nous avons trois cuvées différentes que l’on réalise chaque année. La cuvée principale est le Château Belles-Graves produit à partir des vieilles vignes du domaine. Puis nous réalisons un second vin issu des jeunes vignes et enfin enfin une cuvée spéciale produite en petit volume à partir d’une sélection parcellaire.

Nos cuvées sont réalisées principalement à partir de Merlot (88%), et les 12% restants sont du Cabernet Franc.

En année moyenne normale, nous produisons autour de 100 000 bouteilles.

Avez-vous exercé une activité professionnelle avant de reprendre le domaine ?

Dès que j’ai eu mon BTS viticole, j’ai repris le domaine à la suite de mes grands-parents. Il y a eu un saut de génération et il n’y a pas eu de période de transition. Ma grand-mère était alors âgée et souhaitait passer la main.

J’avais aussi fait des études de Lettres que je n’ai pas prolongées très longtemps. Il a fallu que je me réoriente rapidement !

Rencontrez-vous des problématiques ou difficultés dans l’exercice de votre activité ?

Il y a des contraintes oui, mais nous savons gérer la plupart. La plus grosse contrainte réside dans les conditions climatiques qui s’imposent à nous et avec lesquelles nous devons composer. Nous n’avons aucune prise là-dessus. Il a gelé au mois d’avril 2017. Nous avons perdu 80% de la récolte.

Êtes-vous assurés contre ce type de risques ?

Personnellement je ne suis pas assuré pour ce type de risques mais c’est un risque que j’intègre dans ma gestion. Nous avons des stocks relativement conséquents sur le domaine qui permettent de faire face à ce type de coups durs. Cela reste une perte sèche pour nous mais je parviens à lisser l’impact économique sur suffisamment d’exercices pour qu’il n’y ait pas d’à-coup sur la trésorerie.

Comment commercialisez-vous vos produits ?

Nous commercialisons beaucoup en direct, traditionnellement à une clientèle particulière sur la France.  J’ai aussi développé l’export. Nous exportons 35% de la production en Amérique du Nord et en Chine. Nous avons aussi une boutique en ligne et un site internet qui présente le domaine et permet de réserver une chambre d’hôtes.

Qu’aimez-vous dans votre métier ?

Je pense que j’aime la diversité des activités ou des domaines d’activité. Sur la partie vigne en elle-même, d’une année sur l’autre, avec les différences de climats, il y a d’importants challenges, c’est motivant. Il n’y a aucun aspect répétitif. Le contact humain est intéressant aussi, que ce soit avec des acheteurs potentiels de nos vins, les visiteurs des chambres d’hôtes ou encore les employés. Il y a enfin l’aspect technique qui est aussi important, et qui est présent à la fois sur la partie viticulture, œnologie ou touristique.

A l’inverse, y a-t-il des activités que vous aimez moins ?

Il y a des choses moins agréables que d’autres mais cela fait partie du métier. Je n’aime pas particulièrement la comptabilité mais je m’en charge quand même. Je prends toutefois le soin d’entourer cette activité d’autres petites séances de choses plus agréables ! C’est l’avantage d’être assez libre dans l’organisation de son temps.

Je gère une petite entreprise et le chef d’entreprise doit suivre tous les postes et être polyvalent. Évidemment cela amène des contraintes en termes de vie privée mais c’est une question d’organisation. En tant que chef d’entreprise, nous avons des contraintes mais la contrepartie c’est que nous sommes libres de l’organisation de notre temps.

Comment a évolué votre métier depuis que vous vous êtes installés en 1988 ?

Nous sommes dans un domaine qui a beaucoup changé depuis que je me suis installé. Dans les années 80, le fonctionnement était plus traditionnel. Nous sommes entrés dans une dimension beaucoup plus technologique. Nous devons faire appel à des spécialistes dans de nombreux domaines où l’on assumait auparavant les choix et les décisions. Je dispose aujourd’hui d’un conseil pour la viticulture, pour l’œnologie et l’administration. Ce sont tous des prestataires extérieurs. Tout est devenu très pointu. Je ne peux pas être hyper-compétent dans tous les domaines.

En œnologie c’est pareil, c’est un domaine qui a énormément évolué. Les œnologues sont aujourd’hui des personnes extrêmement pointues en biologie, en technique, etc. Ils disposent aussi de matériels d’analyses des vins dont je ne pourrais pas amortir l’acquisition à mon niveau. Lors de ma formation, on nous apprenait à réaliser des analyses à la maison. Cela suffisait à l’époque. Aujourd’hui nous avons besoin d’informations beaucoup plus précises. C’est la même chose en viticulture, mais on en parle moins. Pour faire du bon vin, il faut du bon raisin, avec toutes les contraintes que cela suppose. On entend beaucoup parler des produits phytosanitaires. Nous avons besoin de personnes qui sont au courant des évolutions réglementaires et techniques à ce sujet. Ces « conseils » nous apportent aussi une vision plus large que celle de notre seul domaine. Nous sommes focalisés sur notre propre vignoble, que nous connaissons bien. Mais on est moins informé sur les autres domaines. Être entouré de ces conseils m’aide à prendre des décisions.

Pourriez-vous nous dire quelques mots sur votre produit ?

C’est un produit qui a une histoire et qui connecte plusieurs univers. Je m’aperçois que lorsque je présente mon produit, les façons de le faire peuvent être très différentes en fonction des personnes. Il est possible d’aborder le produit par l’univers de l’art, de la culture, de la sociologie ou encore des rapports humains. C’est un produit qui peut réunir des personnes d’horizons très différents et qui va déclencher des réactions diverses. Je m’aperçois beaucoup de cela lorsque je vais dans des salons. On arrive à rassembler des gens qui vont se découvrir en échangeant autour d’un verre de vin. D’autre part, pour les clients en chambre d’hôtes, nous proposons à tous ceux qui sont présents pour la soirée une visite en petit groupe. Le but de cette visite est de leur faire découvrir le domaine, le vin et de leur faire passer un moment agréable. Quand ils se retrouvent au petit déjeuner ils vont parler de leur soirée et de leur journée à venir. Cela crée une véritable convivialité.

Je voyage également un petit peu. J’aime bien les vins des différents pays. On revient toujours au même constat lorsque l’on discute avec des producteurs, des cavistes, etc. Le vin est un point de contact qui permet de très nombreux échanges. C’est assez passionnant. La dimension culturelle et sociale est quelque chose qui m’intéresse énormément.

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