JIMINI’S

Rencontre avec Raphaëlle, responsable de la communication chez JIMINI’s. Raphaëlle nous parle de JIMINI’s, des insectes comestibles et des enjeux liés à l’évolution des pratiques alimentaires.

Bonjour Raphaëlle, pourriez-vous décrire en quelques mots JIMINI’s ?

JIMINI’s a été créé en 2012 par Clément Scellier et Bastien Rabastens. L’idée est venue des rapports de la FAO (Food & Agriculture Administration) qui parlaient des insectes comme d’un aliment d’avenir, une protéine sous exploitée en Europe et Amérique. D’une certaine façon, la FAO en faisait un peu la promotion.

A la lecture de ces rapports, Clément et Bastien se sont intéressés au sujet et ont gouté par eux-mêmes des insectes comestibles. Leurs amis autour d’eux refusaient de manger des insectes. Comment allaient-ils parvenir à abaisser cette barrière psychologique ? En testant quelques insectes, ils ont été agréablement surpris. Les goûts et la texture n’avaient rien à voir avec ce qu’ils attendaient : les goûts étaient bons et la texture croustillante.

En poursuivant leurs tests, Clément et Bastien se sont alors dits qu’ils pouvaient assaisonner les insectes et en faire une chips. Ils ont commencé par deux insectes, des criquets et des molitors, qu’ils ont assaisonnés avec cinq saveurs différentes. Le fait de cibler l’apéritif en premier lieu n’était pas anodin. Il s’agissait de parvenir à faire essayer les insectes aux consommateurs. Une fois la barrière psychologique de la première fois franchie, le plus dur était fait. Le moment de l’apéritif était un moment idéal pour favoriser les premiers essais, entre le côté convivial et l’effet d’émulation au sein d’un groupe.

C’est comme cela qu’est née l’idée.

Quels produits proposez-vous aujourd’hui ? Quelles sont vos perspectives ?

L’idée derrière JIMINI’s est d’intégrer progressivement les insectes dans notre alimentation au quotidien, au petit déjeuner, au déjeuner puis au diner.

Nous avons bien sûr les insectes pour l’apéritif (4 insectes différents et 15 saveurs aujourd’hui). Ce ne sont que des saveurs basiques et connues (caramel beurre salé, paprika, etc). L’idée est de n’avoir qu’une seule dimension nouvelle dans nos produits.

Nous avons aussi désormais d’autres gammes : une gamme nature avec des insectes entiers et non assaisonnés, des barres énergétiques et protéinées, des pâtes, etc.

Nous sommes aussi en train de travailler sur une portion de protéines, un substitut à la viande. Nous faisons cela en partenariat avec l’INRA et avec l’AgroParitech. Cela nous permettra d’intégrer un petit peu plus les insectes au quotidien . Ce ne sera pas juste une poilée de criquets mais plutôt une texture que l’on mangera avec des légumes, des pâtes, etc. On l’intégrera encore plus inconsciemment et naturellement dans notre alimentation quotidienne.

 

Comment vendez-vous vos produits ? Est-ce uniquement par internet ?

Nous vendons par internet, oui. Notre premier point de vente en 2013 a été la Grande Épicerie de Paris. Depuis, nous sommes aujourd’hui dans 350 points de vente, épiceries fines, grands magasins edans tous les Nature et Découvertes.

Où sont élevés les insectes que vous commercialisez ?

Les insectes sont élevés dans des fermes d’élevage au Pays-Bas. Puisque nous nous imposons de n’acheter que des insectes élevés dans des pays européens. Ces insectes arrivent déshydratés dans notre atelier en région parisienne et il nous reste plus qu’a à les assaisonner.

Notre atelier est un espace de plus de 300m² où l’on réalise la préparation. Nous passons les insectes dans les épices Nous avons une grosse machine qui ressemble à une bétonnière et qui va permettre de fixer les assaisonnements. Les insectes sont puis ils sont ensuite cuits et mis en boîte.

Pour la partie barre énergétique, nous assemblons la farine d’insectes, la pâte de dattes et les amandes, puis déshydratons le tout. Tout cela est réalisé par nos employés dans nos ateliers à Melun.

Comment évolue la perception des consommateurs sur le fait de manger des insectes ?

Nous ne suivons pas « techniquement » l’évolution des réactions. Nous réalisons souvent des dégustations et nous voyons une évolution, lente mais perceptible. Il y a un véritable travail d’éducation à réaliser. Les gens ont beaucoup de questions, de doutes. Il faut parvenir à dédramatiser l’acte, et cela passe par l’utilisation de l’humour, de jeux de mots, etc.

Il y a beaucoup de freins à cet objectif mais cela n’est clairement pas insurmontable. Il arrive très souvent que de gens refusent en premier lieu de goûter mais nous posent dans le même temps tout un tas de questions. Au fil de l’eau ils vont petit à petit se servir dans les bols. Bien sûr, il y a toujours des gens qui refusent de tester nos produits mais plus nous poursuivons ce travail d’éducation, plus nous parvenons à convaincre les gens.

Il est important de noter qu’à aucun moment nous ne souhaitons cacher l’insecte. Si quelqu’un a mangé un insecte entier, cela ne posera pas de problème ensuite pour lui de manger de la farine d’insectes. Nous commençons par éduquer et par rassurer sur le visuel.

Votre site internet indique que la production d’insectes comestibles est plus écologiques que celle de viandes par exemple. Est-ce un argument auquel les gens sont sensibles ?

Nous avons très vite repéré que l’aspect « développement durable » n’était ni un argument de vente, ni un argument pour convaincre les gens de tester nos produits. Le fait de dire « en 2050 nous serons 9 milliards, et tout le monde mangera des insectes » ne donne pas envie aux gens de tester aujourd’hui. Ce qui va donner envie de tester c’est le côté expérientiel et ludique. Une fois qu’ils ont testé nos produits, c’est là que nous pouvons compléter nos explications par les aspects développement durable.

Un mot peut-être pour conclure ?

Ce qui est amusant ce sont les enfants. Il y a beaucoup d’enfants qui n’ont pas cette barrière psychologique. En fait, les enfants seront nos prochains clients. Néanmoins,  c’est que  ce ne sont pas eux qui achètent. Il faut que les parents soient rassurés. C’est un peu le serpent qui se mort la queue mais qui est traité par le fait qu’à l’apéritif, parents et enfants sont souvent réunis.

Ce qui nous tient à cœur c’est de dire que l’on est là pour éduquer et cela, sur le long terme. Beaucoup de médias parlent des insectes comme d’une tendance. Nous essayons de changer les mentalités. Nous cherchons à ancrer cette nouvelle habitude alimentaire dans nos meurs. D’ailleurs les habitudes alimentaires peuvent changer. Regardez par exemple les sushis, on ne mangeait pas du tout de poisson cru avant. Idem pour le quinoa ou encore le homard. À l’époque, le homard était considéré comme la poubelle de la mer et donc la nourriture pour les pauvres. Changer les habitudes alimentaires est une question de patience et d’éducation.

 

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