Isabelle, éleveuse en Bretagne

Entretien avec Isabelle, éleveuse en Bretagne. Isabelle décrit son activité et les raisons qui l’ont poussée à s’installer.

Bonjour Isabelle, pourriez-vous décrire votre activité en quelques mots ?

Je suis installée avec mon compagnon sur la presqu’île de Rhuys, près de Vannes. Nous avons 116 hectares avec des blondes d’Aquitaine (35 mères), des Bretonnes Pie Noir (40 mères), des chèvres (38 mères), des brebis (35 mères), des cochons (3 truies, 1 verrat) et des poules (environ 80).

Nous vendons d’une part du fromage avec le lait des Bretonnes, des chèvres et des brebis, et d’autre part de la viande de bœuf, de veau et de porc. Le tout en vente directe. Nous aurons aussi bientôt de l’agneau, maintenant que le troupeau de brebis est normalement constitué. Nous ne vendons pas du tout sur internet. En revanche nous disposons d’une page Facebook pour notre ferme : la ferme de Lasné.

Je me suis installée il n’y a pas si longtemps, le 1er janvier 2013. Mon compagnon en revanche, est installé depuis maintenant 26 ans. Il a repris l’exploitation de son père et grand-père.

Nous avons obtenu la certification Bio depuis 2012. Mais nous avons toujours eu la démarche éthique du Bio, même sans avoir la certification. Sur la presqu’ile, nous n’avons que de la terre peu profonde, argileuse ou caillouteuse en bord de mer. Nous ne pouvons pas faire autrement que d’avoir cette démarche là de toute façon extensive.

Quelle activité exerciez-vous avant de vous installer avec votre compagnon ?

J’exerçais le métier d’infirmière auparavant. Je vivais en région parisienne, à Mandres-les-Roses. J’ai décidé de rejoindre la Bretagne pour des raisons personnelles. Une fois en Bretagne, j’ai peu à peu basculé dans l’activité agricole.

J’ai eu mon BPREA (Brevet Professionnel Responsable Exploitation Agricole) en 2010. Petit à petit le projet a pris forme dans ma tête. Comme tout projet, il faut 3 ans. Entre l’idée de départ, là où l’on veut arriver et ce qu’on ne veut surtout pas, cela prend du temps.

Je ne regrette pas du tout ce changement, et notamment d’être partie de la région parisienne.

Combien êtes-vous à travailler sur l’exploitation ?

Nous ne sommes que deux, mon compagnon et moi-même. Nous avons parfois des stagiaires, mais pas de salariés.

Vous avez créé un blog. Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ?

J’avais déjà créé un blog avant d’atterrir dans le domaine agricole. A l’époque, c’est la couture qui m’avait motivée à en créer un. Cela n’avait rien à voir avec l’agriculture. Je fais beaucoup de couture, en particulier les vêtements de mes enfants. A l’époque, ce n’était pas si facile de partager des photos. La seule manière de le faire, c’était de créer un blog. Le blog a dérivé sur d’autres thématiques : partage de moments en famille, de la vie de tous les jours, etc.

Ma fréquence d’écriture d’articles est très variable, cela dépend des périodes. L’an dernier par exemple, j’ai très peu écrit. Cela prend du temps. Il faut également penser à prendre un appareil photo avec soi. Les photos de portable ne sont pas d’assez bonne qualité. Le blog a beaucoup évolué et s’est peu à peu ouvert à la communauté agricole.

Qu’aimez-vous dans votre métier ?

Dans mes précédents emplois, j’avais tendance à m’ennuyer au bout de 3 mois seulement. Je ne sais pas très bien l’expliquer, c’est comme ça. Ce qui est bien dans le métier d’agriculteur, c’est que l’on ne fait jamais la même chose. On fait plein de choses différentes et on est libre. Ce qui n’est pas du tout le cas de l’hôpital. J’ai besoin de faire des choses très différentes. Il y a des choses plus ou moins agréables mais comme dans tout boulot.

A l’inverse, y a-t-il des choses que vous aimez moins ?

L’administratif ! J’ai quitté l’administratif de l’hôpital pour celui de l’agriculture. Finalement, l’administratif y est très présent et prenant…

C’est un mode de vie d’être agriculteur, avant d’être un boulot. Je peux dire cela car je connais bien le mode de vie parisien. J’y ai grandi. A Paris, dès que l’on a 3 jours devant soi, on va prendre l’air. Ici, nous sommes tout le temps dehors. De ma fenêtre je vois le golfe du Morbihan.

Il y a des jours c’est dur. Nous avons tous nos contraintes, ça fait parti du métier d’agriculteur.

Un mot pour conclure ?

Ex parisienne, j’ai mal mangé pendant 37 ans. Pour moi ça n’avait de sens de m’installer en agricole que si je faisais tout de A à Z, c’est-à-dire produire/fabriquer et vendre à des clients. Je voulais reproduire le fonctionnement des fermes d’il y a 80 ans. Ces fermes-là permettaient de nourrir les gens aux alentours.

Alain, mon compagnon, avait commencé à vendre du bœuf en colis, mais cela restait moindre. Nous avons beaucoup développé le fait de ne vendre qu’en direct. C’était ça ou rien. Quand je l’ai rencontré, mon projet était déjà bâti dans ma tête. J’avais d’ailleurs trouvé une ferme avant même de le rencontrer. Beaucoup de gens pensent que je me suis installée à cause de lui, mais non. Je me serais installée soit toute seule, soit avec ma fille.

Lorsque j’étais à Paris, j’avais aussi une société de couches lavables. Je faisais tout de A à Z. J’étais toute seule dans la société. Ça m’allait bien comme ça. J’ai toujours eu besoin de faire beaucoup de choses.

Par ailleurs j’ai 11 enfants. C’est pareil, c’est un choix parmi d’autres. Sur le blog, vous verrez l’historique de la ferme. J’avais 8 enfants et mon compagnon et moi en avons eu 3 autres ensemble. C’est juste normal. Ce n’est pas un handicap. Je ne l’ai jamais vécu comme une charge. Pas plus ici qu’avant.

3 commentaires Ajoutez les votres
    1. Et bien en fait,je ne voyais pas la chose autrement. Ainsi je récolte les compliments et les critiques. Je doisêtre masochiste non? 😉

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