Raymond, vigneron en Languedoc-Roussillon

Échange avec Raymond, vigneron en Languedoc-Roussillon. Raymond évoque son parcours, son vignoble et sa démarche d’exploitation environnementale et responsable.

Bonjour Raymond, pourriez-vous décrire en quelques mots votre activité ?

Je suis vigneron, installé depuis un peu, environ trois ans maintenant. Mon Domaine, le Domaine Val de Ray, est situé sur la commune de Tautavel. Il s’agit d’un grand cru du Roussillon, présents aux côtés de grand crus comme Pic-Saint-Loup. Tautavel est une appellation communale « Côte du Roussillon villages Tautavel », en passe de devenir une appellation AOP Tautavel. Le cahier des charges est en cours de validation.

L’appellation représente 371 hectares de vignes en coteaux sur la commune de Tautavel et Vingrau, pour 11 000 hL revendiqués par 7 producteurs en caves particulières et deux caves coopératives. Mon Domaine couvre 22 hectares de vignes et 33 hectares en tout. Il est certifié « Haute Valeur Environnementale ».

Quelle est la démarche pour obtenir cette certification ?

Pour bénéficier ce cette certification, il faut 5 ans de conversion et de mise en place des pratiques environnementales et responsables. Ces pratiques couvrent l’ensemble des dimensions du Domaine. Il s’agit entre autres de travailler la vigne en limitant les intrants (produits phytosanitaires, ) et tout ce qui peut avoir un effet nuisible sur la faune et la flore. Mais aussi de se consacrer au développement d’un habitat naturel préservé et de mettre en place une gestion environnementale responsable des déchets et de l’eau. Ce certificat a été créé suite au Grenelle de l’environnement.

Nous sommes 841 exploitations au 1er janvier 2018 à l’avoir obtenu en France, dont 7 seulement en Roussillon. Il y a trois niveaux dans la certification. J’ai été certifié niveau 3, le plus élevé, dès le début. C’est un organisme extérieur comme la Socotec ou Ocacia qui la délivre. Il s’agit de personnes diligentées par le Ministère de l’Agriculture qui viennent contrôler le Domaine, comme pour la certification Bio.

Quand j’ai acheté, j’avais déjà mis en place ces pratiques environnementales pour moi-même et ma famille. Je souhaitais être pleinement acteur, et non spectateur, en termes de responsabilité environnementale. J’ai alors expliqué ma démarche à un représentant du syndicat des vignerons indépendants que je connaissais, qui m’a dit qu’il existait des certifications qui me permettraient de prouver la véracité de ma démarche. La différence c’est que ce n’est pas juste moi qui le dis.

Cette année, j’entame une conversion Bio mais je pratique déjà une agriculture Bio. Je n’utilise ni herbicide, ni insecticide, ni pesticide. J’utilise à la place le traitement à base d’huiles essentielles et un peu de souffre. En termes de vinification, je n’utilise de la même façon pas de produit chimique ni d’origine animale. Il en va de même pour les vendanges et la fermentation. Tous nos procédés de production privilégient les méthodes naturelles et sont destinés à préserver les spécificités de notre terroir.

Pourquoi ne pas avoir demandé la certification Bio dès le début ?

La certification Bio était devenue un petit peu trop commerciale. Tout le monde jouait là-dessus. Je dis souvent : ce n’est pas parce que c’est naturel que ce n’est pas toxique. Dans la certification Bio, je me refusais à avoir recours au métaux lourds (cuivre, …). A l’époque il n’y avait pas de méthodes alternatives. Maintenant il y a les huiles essentielles et autres bio-stimulateurs de défenses naturelles.

Le développement de la biodiversité sur mes parcelles participent également à préserver les vignes des maladies et des insectes ravageurs. J’ai par exemple 6 ou 7 nids d’oiseaux sur certaines parcelles. La certification Bio est pour moi une continuité de ma démarche environnementale.

Au départ je voulais faire de la Biodynamique. Je travaillais beaucoup avec les cycles de la lune, en termes de travaux de vignobles et de transfert de vins. Il s’agit de procédés scientifiquement prouvés que j’avais expérimentés avec mes grands-parents. Quand j’ai suivi la formation Biodynamique, il y avait aussi des pratiques commerciales. Je considère que lorsque l’on fait quelque chose, il faut le faire par conviction, et non par intérêt.

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Que faisiez-vous avant de vous installer ?

Auparavant j’étais responsable grands comptes chez Point.P. (Groupe Saint-Gobain) en région parisienne. Je gérais un centre de profit basé à Argenteuil avec une équipe de commerciaux. Je m’occupais de contrats cadres avec des grands groupes comme Bouygues, Eiffage ou Vinci.

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans une reconversion professionnelle ?

Il y a eu un changement de direction à l’époque qui ne correspondait pas à mes valeurs. J’ai été poussé à partir en 2011 après 23 ans dans l’entreprise. C’était ma famille. Avec des amis du village où j’habitais, nous avions monté une association œnologique où on a planté et on s’occupait des pieds de vigne. Le vin c’était ma passion. Quand je suis parti, je me suis dit : pourquoi ne pas faire de ma passion mon métier ? Le vin c’est du partage, du plaisir, la transmission d’émotions. J’ai fait ce choix pour ma famille, pour mes enfants et pour les valeurs de la terre.

J’ai alors commencé à chercher un domaine et me suis heurté au manque de compétences techniques. J’ai dû retourner à l’école. J’ai obtenu un BTS Viticulteur Œnologie, avec mention. Après cela je me suis « fait la main » dans un domaine viticole. Quand je me suis senti à l’aise, j’ai trouvé mon Domaine actuel. C’était un coup de cœur, pour le Domaine et pour la Région. Quelque chose de fusionnel avec le vignoble. Je ne travaille pas aujourd’hui de façon raisonnée, je travaille de façon passionnée. Les vignes sont pour ma famille et moi comme des individus. Je connais au pied près mon vignoble. Ce n’est pas un outil de travail, cela fait partie de notre famille. Le nom de mes cuvées caractérise ce thème de l’Amour et du Plaisir : Charme, Attraction, Séduction, Désir, Volupté, Caresse, … Une rencontre entre deux amoureux, l’homme et la vigne, une invitation au plaisir et à la découverte de nos vins, illustrée par le design et dessins de ma femme Caroline.

Comme je dis souvent, je considère que je n’ai jamais travaillé de ma vie car j’ai toujours fait quelque chose qui me passionnait. Je n’ai jamais perçu mon métier comme une contrainte. J’essaie de transmettre cela à mes clients. Je considère que mon Domaine est exceptionnel. Un terroir ce n’est pas juste des cailloux avec du sable et de la terre. Un terroir c’est de la vie, ce sont tous les organismes micro-biologiques qu’il y a dans la terre. Cette vie là on ne la trouve pas dans les parcelles de toutes les Domaines.

J’essaie en quelque sorte d’avoir une terre fertile et non fertilisée. Je n’effectue qu’un labour par an, pas plus. J’essaie de broyer l’herbe pour en faire de l’humus qui se composte, de façon à ce que le sol soit auto-alimenté et équilibré. Lorsqu’on apporte des compléments alimentaires à la terre, je considère que l’on déséquilibre les besoins. Le fait d’utiliser l’humus va permettre au sol auto-fertile de consommer uniquement ce dont il a besoin. La nature aime bien l’équilibre. J’essaie d’accompagner et non pas d’intervenir. C’est comme élever un enfant. Il faut lui donner la liberté de penser et de choisir.

Comment commercialisez-vous vos vins ?

Je vends mes bouteilles majoritairement en direct en salons ou au cavaux. Je commence à avoir quelques partenaires pour distribuer mes vins. Je parle de partenaires, et non de distributeurs car je cherche des gens qui savent parler de mon vin. C’est difficile à trouver. Certain restaurants ont renommés ont également mes vins à leur carte.

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Un mot peut-être pour conclure ?

Avec mon épouse, nous faisons tout naturellement, par passion et non par raison. Ce qui n’a pas de prix c’est la santé de nos clients. C’est pour cette raison que nous essayons d’être le plus naturel possible et d’avoir de produits qui soient le reflet fidèle de notre terroir. Nous cherchons l’harmonie et l’équilibre dans tout ce que nous faisons.

Nos vins en sont l’illustration. C’est la vigne et le vin qui décident des arômes et des goûts. Nos vins ne sont d’ailleurs jamais les mêmes d’une année sur l’autre. La nature n’est pas régulière alors on ne peut pas produire des vins réguliers si ce n’est pas travaillé artificiellement.

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