Caroline, éleveuse de chevaux en Gironde

Entretien avec Caroline, éleveuse de chevaux en Gironde. Caroline décrit son parcours et son activité.

Bonjour Caroline, pourriez-vous décrire votre activité en quelques mots ?

Je vais peut-être commencer par le contexte de la ferme car je ne suis pas toute seule. Je suis sur une exploitation viticole reprise par mon compagnon en 2011, qu’il a passé en agriculture biologique. Lui s’est installé en tant que vigneron avec dix hectares de vignes. De mon côté, je me suis installée il y a quatre ans maintenant avec mon élevage de chevaux. Il y avait des prairies non utilisées sur le domaine et comme mon compagnon et moi aimions les chevaux, cela s’est fait comme ça.

J’ai aujourd’hui une quinzaine d’hectares et une dizaine de chevaux dont quatre juments qui servent à la production de lait.

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Que faisiez-vous avant de vous installer auprès votre compagnon ?

J’étais et je suis toujours sur l’exploitation viticole de mes parents. Aujourd’hui l’activité chevaux ne me permet pas de vivre. En parallèle, les vignes de mon compagnon ne nous permettent pas non plus de vivre à deux. C’est donc un choix personnel de mener deux activités en parallèle.

Je suis sortie de l’école à 22 ans. Cela fait quatre ans que je suis installée avec mon élevage de chevaux. Quand je suis sortie d’école, j’avais mon projet d’installation. Je suis allée voir à droite, à gauche. J’avais déjà deux ou trois chevaux.

Vous aviez déjà des chevaux au sortir de vos études ?

J’ai acheté mon premier cheval en 2010. C’était pour le loisir. Officiellement je suis installée depuis 4 ans mais j’avais déjà mon premier cheval auparavant.

Je travaille avec une race menacée de chevaux de trait, le Trait Poitevin Mullassier, originaire du Poitou-Charente. Ce n’est pas un cheval de courses, c’est un cheval de trait pas trop cher à l’achat. Pour un poulain d’un an, il faut compter entre 1000 et 1 700€. Pour une jument de trois à quatre ans prête à la reproduction, il en coûte environ 3 000€. S’ils sont dressés à l’attelage et s’ils sont montés, cela coûte un peu plus cher mais cela ne dépasse pas les 10 000€.

Vos études vous ont-elles formé à l’élevage de chevaux ?

Après le collège je suis partie dans un lycée agricole. J’ai fait un bac technologique en Gironde pendant 3 ans. Après je suis partie en BTS pendant deux en comptabilité et gestion agricole. Ensuite j’ai fait un an de licence professionnelle spécialité transformation laitière à la Rochelle. Ma dernière année était un apprentissage. Cela m’a permis d’aller sur une exploitation qui transformait du lait d’ânesses à Toulouse. La licence professionnelle en tant que tel c’était plutôt pour produire du fromage. Cela m’a servi pour travailler sur une exploitation qui correspondait à ce que je voulais pour moi.

Pourquoi avoir voulu élever des chevaux, et pas un autre animal ? Pourquoi ne pas vous être lancée comme votre compagnon dans la production de vin Bio ?

C’est sûr que les vignes font vivre mais ce n’est pas ce qui m’intéressait le plus. J’avais besoin de quelque chose d’autre pour me motiver. Quand on aime ce qu’on fait c’est plus facile d’aller travailler, de ne pas compter ses heures. Les chevaux c’était une passion, j’ai commencé à monter à l’âge de dix ans. Ce n’est pas l’équitation qui me plaisait mais plutôt l’élevage. J’ai entendu parler du lait de jument. Mon compagnon aimait aussi les chevaux. Cela a démarré comme cela.

J’ai pu avoir des chevaux et une surface parce que mon compagnon et mes parents possédaient des prairies pour élever des chevaux. Il y a un investissement minimum et s’il avait aussi fallu acheter des prairies, ça aurait été compliqué. Ici nous sommes en plus sur des surfaces viticoles qui n’ont pas les mêmes prix qu’un hectare de prairie. Cela n’aurait pas été possible de me lancer ici si je n’avais pas eu ces terres dès le début. Notre exploitation est atypique. Ce n’était pas le but d’investir de grandes sommes d’argent. Pour emprunter, il faut avoir un plan. Or ma production est assez méconnue. Je n’avais pas envie d’échouer donc j’ai commencé comme cela, avec un ou deux chevaux, pas plus.

Y a-t-il d’autres élevages comme le votre dans les alentours ?

Une autre personne s’est installée dans le Lot-et-Garonne et une autre en Gironde. Nous ne sommes pas très nombreux : 5 ou 6 en Nouvelle Aquitaine.

Pourriez-vous dire quelques mots sur votre produits, réalisés à partir du lait de jument ?

En 2014, j’ai commencé par les savons. C’était plus facile à lancer. A ce moment là j’ai rencontré une savonnière qui habite à côté de chez moi et avec qui j’avais sympathisé. La ferme était encore en travaux et il y avait un investissement pour créer un laboratoire. J’ai préféré bénéficier de l’expérience d’une savonnière. Aujourd’hui encore, je vais fabriquer mes savons chez elle. C’est une sorte d’échange, de partenariat.

J’ai commencé les cosmétiques l’an dernier. C’est pareil. Après avoir travaillé toute seule dessus, je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de contraintes sanitaires et réglementaires. J’ai finalement fait appel à un petit laboratoire dans les Landes. J’amène mon lait et je récupère ensuite les pots que j’étiquette.

Il y a aussi le lait en tant que tel. J’en vends à d’autres savonnières ou bien aussi pour la consommation. Le lait de jument est notamment bénéfique pour les nourrissons ou bien les personnes qui ont besoin d’être revitalisées. Le lait de jument est une boisson énergisante et recommandée en cas de  baisse du système immunitaire, de problème de circulation du sang ou respiratoire.

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Pourriez-vous en dire plus sur les bienfaits du lait de jument ?

Que ce soit sous forme de savons ou de cosmétiques, le lait est intéressant car il a un effet calmant et anti-inflammatoire de part ses protéines et minéraux. C’est en particulier intéressant pour les problèmes d’eczéma, de peaux hypersensibles ou sèches. De vieilles études existent mais aujourd’hui on s’appuie principalement sur les témoignages de personnes l’ayant déjà utilisé. Pour les bébés, le lait de jument est celui qui se rapproche le plus du lait maternel. Il est aussi utile sous forme de thérapie pour les problèmes de sang et respiratoires.

Qu’est-ce qui vous plait dans votre métier ?

Je ne vis pas (financièrement) de ma passion mais je vis autour de mes animaux. C’est magique. De pouvoir se lever avec le sourire, d’aller faire ce qu’on aime, … Avec l’élevage il y a aussi les naissances, ce sont des moments particuliers. Je vais au bout de la commercialisation aussi. J’aime aller à la rencontre des gens, leur expliquer ce que j’aime, ce que je fais. Et quand cela colle et que les gens sont contents des produits, c’est une véritable satisfaction. On se dit que l’on ne travaille pas pour rien.

Est-ce qu’à l’inverse il y a des choses que vous aimez moins ou que vous souhaiteriez voir améliorer ?

Il y a toujours des choses à améliorer. Le côté paperasse prend du temps. Je vois surtout le côté positif, on est parfois montré du doigt parce que l’on fait des choses qui ne ressemblent pas à la majorité. Mais on se bat pour montrer qu’il peut y avoir de la diversité et que cela s’associe très bien.

J’ai démarré ma certification Bio il y a quelques jours. Comme l’exploitation était déjà Bio pour les vignes et les prairies, il était logique que je convertisse l’élevage aussi. Mais cela représente un coût. On doit payer pour faire de la qualité. C’est un point bien négatif ! Je l’ai fait maintenant parce que je peux me le permettre. C’est une preuve même si l’on sait déjà ce que l’on fait.

Comment commercialisez-vous vos produits ?

Je fais beaucoup de marchés. J’ai une boutique sur la ferme. On y vend mes produits mais aussi le vin. Et après il y a quelques magasins de revendeurs, et également internet.

Un mots peut-être pour conclure ?

Je crois que j’ai dit tout ce que je voulais dire !

Et merci à vous de défendre notre belle cause paysanne !

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