Hostabee

Entretien avec Maxime, co-fondateur de Hostabee, une startup dont l’objectif est de connecter les ruches pour mieux veiller sur les abeilles. Maxime nous parle de l’activité de son entreprise et de son parcours à lui plus personnellement.

Bonjour Maxime, pourriez-vous décrire en quelques mots l’activité d’Hostabee ?

Hostabee est une startup créée en avril 2015 et qui développe des objets connectés pour l’apiculture. Précisément, nous développons une solution qui va permettre aux apiculteurs de suivre à distance l’état de santé de leurs abeilles, c’est à dire optimiser leurs visites, baisser le taux de mortalité et lutter contre le vol.

Il existe des vols de ruches ?

Les apiculteurs volent les ruches d’autres apiculteurs. Chaque année, un tiers des abeilles disparaissent : c’est évidemment plus facile d’aller prendre les ruches du voisin.

Pourriez-vous décrire un peu plus les solutions que vous proposez aux apiculteurs ?

Nous proposons deux produits :

  • Un premier produit qui se focalise sur la santé de l’abeille. Nous prenons le pouls de la ruche en mesurant la température et l’humidité. Les abeilles régulent ces deux paramètres qu’elles le font convenablement. Ce premier produit, appelé B-Keep, est déjà commercialisé notamment via notre réseau de distributeurs
  • Nous développons un second objet qui sert d’anti-vol. Ce second produit est en cours de lancement. Grâce à cette solution, l’apiculteur va se rendre compte du changement de coordonnées GPS de ses ruches Nous assurons ensuite un service : enregistrement des positions GPS, restitution des informations à la gendarmerie, etc. Et cela fonctionne puisque nous avons attrapé notre premier voleur !

Vous disiez tout à l’heure qu’un tiers des abeilles disparaissent chaque année. Quelles en sont les causes ?

C’est vraiment un phénomène multifactoriel. Il existe plusieurs causes dont aucune ne prédomine particulièrement. Parmi ces causes, on peut noter :

  • le réchauffement climatique
  • un parasite qui s’appelle le Varroa. Il s’agit en quelque sorte du « vampire » de l’abeille. Il va prendre le sang des abeilles et les rendre plus vulnérables et cela dès leur naissance. Le Varroa se nourrit des larves. Les conséquences sont terribles pour les abeilles : certaines ont des ailes en moins, d’autres ne sont plus capable de voler, etc.
  • les mauvaises pratiques de l’apiculteur
  • un petit peu de désert alimentaire pour les abeilles (manque de plantes mellifères)
  • les pesticides

Vous disiez qu’avec votre solution B-Keep, vous parvenez à suivre l’état de santé des ruches ?

Nous parvenons à détecter des colonies qui sont  « faibles » et ainsi à anticiper des problèmes et sauver les abeilles. Nous comparons les données de température et d’humidité internes à la ruche (grâce au B-Keep) avec les mêmes données externes à la ruche (via les stations les plus proches). C’est cette comparaison qui nous permet de vérifier que les abeilles régulent correctement la température et l’humidité au sein de la ruche, et donc qu’elle est en bonne santé.

Pourriez-vous donner un exemple concret d’un cas où vous êtes parvenus à anticiper un problème dans une ruche ?

Il y avait un apiculteur qui avait mis ses ruches dans un parc et le problème de ce parc est qu’il y avait des remontées d’humidité des marais. La solution B-Keep détectait un taux d’humidité anormal. Normalement ce taux d’humidité doit être aux alentours de 60% et là nous détections 80%. Un taux d’humidité élevé favorise la prolifération de champignons et de bactéries. Par ailleurs, les abeilles au lieu d’aller butiner, essayaient de réguler l’humidité. Grâce à B-Keep, l’apiculteur a changé le plancher de ses ruches et le problème a été résolu.

Avez-vous créé Hostabee seul ?

Nous sommes trois cofondateurs. Avant de créer Hostabee, j’étais à la fois professeur de mathématiques et d’informatique et salarié dans le privé. L’un des cofondateurs est mon ancien patron à qui j’avais parlé du projet. Je travaillais à mi-temps en tant qu’informaticien dans l’entreprise, ce n’était pas à temps plein. Cela me permettait d’avoir un pied dans le privé. En parallèle j’étais professeur de mathématiques et d’informatique dans un lycée professionnel agricole. J’ai toujours voulu transmettre mon savoir, j’aime cela. En parallèle j’aime aussi bidouiller, d’où l’informatique. En informatique, je n’ai aucun diplôme, je suis autodidacte. C’est un loisir pour moi.

Au lycée, j’étais membre d’une association appelée « Aumont des abeilles ». L’association avait un rucher école. C’est là que je me suis pris de passion pour l’apiculture et les abeilles. Chaque année, les apiculteurs perdaient des colonies. Je me suis dit qu’il y avait peut-être quelque chose à faire. Nous avons commencé à y réfléchir avec les membres de l’association.

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Pourriez-vous nous décrire la genèse de Hostabee ?

J’ai moi-même travaillé sur les premiers prototypes, avec du développement hardware et software. Avec mes associés, nous avons obtenu une subvention européenne pour créer la société. Cela m’a permis d’embaucher deux personnes et de me lancer. Au début, nous avons conçu une balance connectée pour suivre le poids des ruches et la production de miel. Nous avons réalisé de premiers tests chez les apiculteurs, peu concluants. La solution était trop chère et compliquée à installer. Il est important de noter que nous n’avons jamais cherché à développer des produits dans notre coin. Dès les premiers développements au lycée, nous nous sommes entourés d’apiculteurs professionnels pour tester nos solutions. Ces premiers développements,  c’était il y a 3 ans, 3 ans et demi. Nous avions commencé les premiers protos avant même la création de la société. Comme la balance était trop couteuse, nous nous sommes réunis et avons décidé de créer un deuxième prototype, cette fois-ci pour mesurer l’humidité, la température et le son dans la ruche. L’objet prenait la forme d’un cadre de ruche, ce qui était très volumineux. Comme j’étais membre de l’association Google development Group,  j’ai été invité par Google IO en 2015. Ils disposaient de ruches donc j’ai proposé de les connecter avec notre nouvelle solution. Malheureusement notre cadre connecté ne rentrait pas, ce n’était pas les mêmes tailles de ruche. Ca a été une révélation. Il fallait quelque chose qui convienne à toutes les tailles de ruches, et qui soit simple à installer. Nous avons alors décidé d’enlever la mesure du son. L’humidité et la température étaient suffisants. Ce qui ne changeait pas entre deux ruches : c’était la taille des abeilles et l’espace entre deux cadres de ruche. Aujourd’hui notre solution B-Keep dispose d’une autonomie de 2 ans et est facile à installer. Nous utilisons des technologies radios et envoyons les informations d’humidité et de température toutes les heures. Il nous a fallu trois ans pour arriver à ce produit là. Notre solution B-Keep a en plus été conçue avec du plastique alimentaire et ne contient donc ni phénol, ni autre produit toxique pour les abeilles. Soucieux de l’environnement, nous essayons un maximum de le préserver avec des produits qui ne nuisent pas à celui-ci.

Comment commercialisez-vous vos solutions aujourd’hui ?

Les 300 premiers produits ont été vendus via notre site internet (https://hostabee.com/fr). Nous avons véritablement lancé la partie commerciale en octobre dernier. Aujourd’hui nous vendons aussi grâce à des distributeurs européens, comme Icko Apiculture (https://www.icko-apiculture.com), pour être présent physiquement dans les boutiques. Les apiculteurs ne vont pas forcément faire l’achat en ligne. Le profil d’apiculteur a tendance à aller en boutique pour acheter son matériel.

Nous sommes aujourd’hui 5 salariés. Par le biais de notre site internet https://hostabee.com/fr nous vendons un peu partout dans le monde.

Un mot pour conclure ?

Nous avons à coeur de favoriser le Made in France : d’un point de vue industriel, notre activité se situe en France. Nos boitiers sont produits et assemblés en France, à Saint-Quentin. La partie électronique à Villeneuve-d’Ascq. Nous nous appuyons sur des bureaux d’études français pour valider nos mesures de température et d’humidité.

Nous travaillons aussi avec des agriculteurs par le biais d’une coopérative agricole pour créer un outil d’aide à la décision. L’idée est d’aider les agriculteurs à décider du bon moment pour aller traiter leurs champs en fonction de l’activité des abeilles. Nous travaillons là-dessus depuis deux ans maintenant. L’idée est d’éviter d’aller traiter un champ au moment où les abeilles butinent. Pour cela, nous avons conçu un modèle complexe qui évalue le nombre d’abeilles hors de la ruche en fonction de plusieurs paramètres physiques (température, humidité, vitesse du vent, etc).

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