Delphine et Benoît, Domaine Émile Grelier

Interview de Delphine et Benoît, vignerons au Domaine Émile Grelier. Les deux parlent de leur Domaine et de leur démarche de viticulture durable, responsable et heureuse.

Pourriez-vous décrire en quelques mots votre activité (localisation, superficie de l’exploitation, date d’installation, mode de production et de commercialisation, histoire du lieu, …) ?

Le Domaine Emile Grelier s’étend sur 8ha dans le bordelais (nord libournais exactement). Planté en 2 003 alors que nos 3 enfants ne dépassaient pas les 5 ans, nous avions le souci de leur transmettre le meilleur. Étant nous-mêmes très attachés à nos racines, notre vignoble s’est rapidement imposé comme un modèle de viticulture biologique.

Il faut savoir qu’au départ la vigne est une liane forestière : elle poussait sur les arbres dans les forêts. Notre volonté a été de lui permettre de retrouver son environnement originel : des arbres, des oiseaux, des insectes pollinisateurs, un sol riche de vie et de nutriments…

Un peu comme nous, êtres humains, qui avons besoin d’un foyer équilibré, d’une famille et de proches sur qui compter pour nous aider à nous épanouir et à révéler notre potentiel.

Même si le bio était une évidence pour nous, nous savions que cela ne suffirait ni à rétablir cet équilibre, ni à faire face aux défis environnementaux actuels. Nous avons alors inventé une nouvelle viticulture : bienveillante, respectueuse, joyeuse et audacieuse. Nous avons cherché des solutions, nous les avons testées puis vérifiées jusqu’à bousculer les idées reçues et les pratiques… et le résultat a été au rendez-vous : ça marche !

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Crédits : Photo Maud Vinet – Nid dans les vignes

Concrètement, comment ça se passe sur ce vignoble d’un nouveau genre ?

A l’heure du réchauffement climatique, nous avons planté 357 arbres au milieu des rangs de vigne (démarche d’agroforesterie). En plus de réguler le climat (nous avons d’une part créé un micro-climat et contribué à protéger les cultures du vent, des sécheresses, du grand froid mais aussi des aléas naturels tels que les tempêtes et les inondations, et d’autre part stocké du carbone et réduit les émissions de gaz à effet de serre), les arbres hébergent les oiseaux et les chauves-souris. Cette démarche modèle nous a valu de remporter le Concours Arbres d’Avenir 2018.

A l’heure où les pesticides révèlent leur dangerosité pour la nature mais aussi pour l’homme, nous avons opté pour les méthodes naturelles. Une étude scientifique a été menée sur le Domaine : c’est prouvé, ça fonctionne ! Alors maintenant que l’on sait que les oiseaux et les chauves-souris sont de très gros mangeurs d’insectes ravageurs de la vigne, pourquoi se priver de leur présence ?

D’autant que les chauves-souris sont des prédatrices nocturnes, très friandes des papillons responsables du ver de la grappe qui lui aussi ne sort que la nuit. Une seule chauve-souris est capable de manger 3000 papillons en une seule nuit !!

A l’heure où la biodiversité décline, le Domaine Emile Grelier se démarque par la richesse de sa faune et de sa flore : on y recense de nombreuses variétés de plantes différentes (parmi lesquelles des orchidées sauvages et l’anémone couronnée, cette dernière est protégée), 54 espèces d’oiseaux, 7 espèces de chauves-souris, des hérissons, des salamandres, des insectes auxiliaires (prédateurs des insectes ravageurs) … Le tout dans un cadre propice à leur accueil grâce à des zones humides installées sur le vignoble, des hôtels à insectes, des nichoirs, des monticules de branchages…

A l’heure où les sols sont fatigués, le sol du Domaine Emile Grelier est traité avec délicatesse. Pas de labours car il ne sert qu’à détruire la vie que le sol a mis plusieurs mois à installer. L’humidité du sol est préservée par le paillage qui lui, multiplie les vers de terre. La dynamique du sol est enrichie par la diversité des fleurs et plantes présentes entre les rangs de vignes…

Bref, la vigne retrouve sa place naturelle, avec équilibre et harmonie.

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Crédits : Photo Delphine Vinet – Hôtel à insectes

Comment êtes-vous sûre que cela fonctionne ?

Pour commencer, la vigne est là depuis 15 ans et elle permet de produire 50.000 bouteilles chaque année de manière stable.

Par-dessus tout, chaque action menée sur le vignoble est suivie, évaluée et validée par des experts scientifiques et naturalistes. Des relevés de biodiversité sont effectués régulièrement.

Le vignoble a aussi reçu de nombreuses récompenses :

  • Récompensé par le Président du Conseil Départemental de la Gironde en 2018 pour ses actions environnementales,
  • Grand gagnant 2017 du Concours Nationale Arbres d’Avenir,
  • Récompensé par la Fondation pour une Agriculture Durable en Aquitaine en 2017,
  • Sélectionné par l’Agence de l’Eau lors de son appel à projet en faveur de la biodiversité en 2017,
  • Vignoble lauréat de la Dynamique Agricole 2017 de la Banque Populaire,
  • « Vignoble exemplaire » par Olivier Nouaillas, journaliste environnement, dans son palmarès de l’Ecologie 2015.

Quel est votre parcours professionnel à tous les deux (Delphine et Benoît) ? Avez-vous toujours travaillé au Domaine ? Si non, que faisiez-vous auparavant et qu’est-ce qui a motivé votre changement de métier ?

Nous sommes tous les deux issus de milieux agricoles : ferme à dominante céréalière pour Delphine, polycultures-élevage pour Benoit qui a grandit sur une ferme biologique avec des parents convaincus et engagés à une époque où le bio ne faisait pas (encore) recette.

Avant de planter le Domaine, Benoit a travaillé pour différents propriétaires viticoles, dans différentes régions, pour se nourrir des expériences des autres. Puis l’occasion s’est présentée de construire un projet qui nous ressemble. Nous l’avons nommé « Emile Grelier » en hommage au grand-père de Delphine, grand amateur de vins et patriarche d’une grande et belle famille qui nous a soutenu et encouragé dans cette démarche.

Vous avez créé une association : La Possiblerie. Pourriez-vous expliquer son objectif et les raisons qui vous ont poussées à la lancer ?

La Possiblerie n’est pas une association mais plutôt un projet qui est en cours de construction à ce stade.

Vous avez lancé une campagne de financement participatif pour votre Domaine ? Pourriez-vous nous décrire en quelques mots votre projet ?

En tant que Grand Gagnant du concours Arbres d’Avenir 2017, nous bénéficions d’un accompagnement privilégié pour une campagne de financement participatif via BlueBees qui est une plateforme française pour les projets agroécologiques. C’était alors pour nous l’occasion de mettre en place un appel pour le financement d’un prototype de pailleuse adaptée au passage entre les rangs de vigne. En effet, le paillage booste considérablement la vie des sols et nous semble une action primordiale dans notre démarche. Pour le moment effectué à la main, il est fastidieux. Nous travaillons donc sur la conception d’un outil adapté.

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Crédits : Paillage inter rangs – Domaine E.Grelier – Photo Delphine Vinet

 Y a-t-il un sujet que vous souhaiteriez évoquer pour finir et qui caractérise votre activité, votre Domaine ou bien tout simplement vous-même ?

Les solutions existent : un vignoble peut être un refuge pour la biodiversité, peut enrichir les sols et avoir un impact positif sur son écosystème.

Faire du vin bio, avec peu de sulfites, compatible avec le régime végétarien ou vegan et adapté aux palais les plus exigeants, c’est possible aussi et nos partenaires cavistes, épiceries fines et magasins bio ne s’y trompent pas !

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