Happyculteur

Rencontre avec Anastasia, bénévole chez Happyculteur. Anastasia décrit l’activité et la raison d’être de l’association.

Bonjour Anastasia, pourrais-tu décrire en quelques mots ce qu’est Happyculteur ?

Happyculteur est une association née en mars 2017 qui a pour but de sensibiliser les citoyens à l’importance de l’abeille et de la biodiversité dans nos villes et de leur donner les moyens de s’engager à leur niveau pour leur protection.

Il faut savoir que les abeilles se sentent mieux en ville qu’à la campagne. En effet, en ville il n’y a pas de pesticides. La température a deux à trois degrés de plus qui font que les abeilles sont plus à l’aise et surtout il y a une plus grande diversité de plantes qui fleurissent et produisent du nectar toute l’année. A la campagne, si l’on met une ruche à côté d’un champ de tournesols, une abeille ne pourra butiner que quelques mois dans l’année mais le reste du temps elle n’aura pas grand chose à manger et le champs de tournesol devient un véritable désert alimentaire. Alors qu’en ville il y a des fleurs partout, sur les balcons, dans les rues, etc.

Happyculteur sensibilise à travers des ateliers d’initiation à l’apiculture sur les toits de Paris. Nous formons également la nouvelle génération d’apiculteurs urbains dans son école d’apiculture qui a accueilli sa première promotion il y a trois mois. Aussi, on se positionne comme un média d’information sur l’univers de l’abeille en alimentant notamment un blog et une page Facebook où l’on essaie de communiquer sur la situation de l’abeille, de l’apiculture, de l’agriculture urbaine et des initiatives en faveurs de l’environnement de façon générale. .

Nous avons la chance de travailler avec des partenaires tels que l’association L’abeillaud du Jardin avec laquelle nous dispensons des initiations sur les toits du PCF dans le 19ème arrondissement de Paris. Nous travaillons également APIS Civi sur les toits de la Rotonde et la Fabrique qui pique pour tout le contenu pédagogique de nos formations. Nous avons aussi d’autres partenaires, comme par exemple aux Grands Voisins (ndlr : ancien hôpital reconverti en lieu convivial) ou CityBzz sur les toits de la Recyclerie.

La sensibilisation passe essentiellement par l’apprentissage et la transmission de connaissances, ce que nous proposons à travers nos ateliers. Plus on connait un sujet et plus on a envie de s’y intéresser et d’aider. L’univers de l’abeille est encore mal connu et rempli d’aprioris..

Nous sommes également en train de lancer une plateforme pour réunir toutes les initiatives autour de l’apiculture. Le but est de mettre en relation des apiculteurs en recherche d’espaces pour installer des ruches et des particuliers ou entreprises voulant accueillir une ou plusieurs ruches. Nous plaçons beaucoup d’ambition dans cette plateforme qui, nous l’espérons permettra de dynamiser la filière apicole en France. Enfin, nous proposons un service d’accompagnement  pour des particuliers qui souhaiteraient installer des ruches chez eux. Nous les mettons en relation avec des apiculteurs professionnels et les aidons dans leurs démarches de recherches d’espaces pour leur ruche.

Est-ce qu’Happyculteur possède des ruches en tant qu’association ?

Non. Happyculteur fonctionne aujourd’hui uniquement avec les ruches de nos partenaires. Nous préférons mettre en avant nos apiculteurs, valoriser leur emplacement et leurs ruches et ainsi fédérer tout un écosystème autour de l’association plutôt que posséder nos propres ruches. En revanche, Happyculteur anime  les séances d’initiation. L’idée des ateliers d’initiation est aussi de revaloriser le travail de l’apiculteur en lui offrant un complément de revenu sur ses ruches. En effet une grande partie du prix des ateliers est reversés aux apiculteurs partenaires.

Y a-t-il déjà beaucoup de ruches à Paris ?

Il y a plus de mille ruches sur les toits de paris aujourd’hui. Ce qui est énorme ! Quand j’ai commencé l’association en novembre 2017, il y en avait 700. Et ce n’est pas près d’arrêter.

L’augmentation du nombre d’abeilles domestiques peut-il poser problème pour les abeilles sauvages déjà présentes à Paris ?

C’est un sujet qu’il faut bien sûr anticiper. A Rome par exemple, le problème s’est déjà présenté : à un moment donné, il y a eu trop de ruches sur les toits par rapport au nombre de plantes nécessaires au développement des abeilles. L’objectif d’Happyculteur est aussi de sensibiliser et d’apporter des moyens concrets à l’écosystème apicole pour pouvoir aider les abeilles à se développer convenablement. Cela passe par exemple par planter davantage de plantes mellifères, par le fait de consommer du miel local ou installer des hôtels à insectes mais aussi faire attention à ce qu’en installant sa ruche, elle est de quoi se nourrir  toute l’année par exemple.

L’association Agir pour l’environnement a par exemple lancé une campagne pour favoriser la création de zones de Bzzz sur les balcons ou dans les jardins avec des plantes mellifères. Des particuliers peuvent ainsi participer à cette campagne à hauteur de leurs moyens et récupérer des graines mellifères à planter chez eux. Il existe de nombreuses initiatives en faveur de la floraison pour éviter le problème de surpopulation d’abeilles. C’est important pour la biodiversité et pour les abeilles !

Pourrais-tu réexpliquer en quelques mots à quoi servent les abeilles pour notre environnement ?

Il faut savoir que les abeilles sont à l’origine de plus de 80% de la pollinisation de notre alimentation. Les abeilles vont polliniser les fleurs, lesquelles vont donner des fruits. Si les abeilles venaient à disparaître, l’Homme serait obligé de polliniser les fleurs de façon « manuelle ». Une récente étude indiquait que la valeur économique du travail de pollinisation des abeilles s’élevait à environ 153 milliards d’€ par an, soit le PIB d’un pays comme le Portugal.

En France ce sont près de 15 milliards d’abeilles qui disparaissent chaque année à cause des pesticides notamment. Il y a donc un enjeu majeur à relever.

Comment fonctionne la pollinisation ?

L’abeille entre dans une fleur pour récolter le nectar (qui se transformera par la suite en miel), et par la même occasion le pollen des étamines de la fleur (l’organe masculin) va se coller à ses petites pattes. Elle ira ensuite butiner une autre fleurs et déposer le pollen qui entrera en contact avec l’organe femelle. Ainsi la fécondation de la fleur peut avoir lieu et donnera naissance à un fruit.

Ce phénomène de pollinisation peut aussi être réalisé par le vent mais pas pour toutes les plantes. Il y a certaines plantes, aromates, fruits, légumes qui sont dépendantes des abeilles. 70 à 80% de notre alimentation en fruits, légumes et aromates est dépendante des pollinisateurs et donc des abeilles.

15 milliards d’abeilles disparaissent en France chaque année ? La prophétie d’Albert Einstein est donc en train de se réaliser ?

Si on ne fait rien pour arrêter ce phénomène, oui. On fait face à ce problème notamment en campagne à cause de certains pesticides qui tuent les abeilles.

Mais il y a aujourd’hui tout un écosystème qui s’est mis en place pour pouvoir créer de plus en plus de ruches. L’installation de ruches n’est pourtant pas chose si facile. Un apiculteur a en général un taux de mortalité important sur sa première année d’élevage. Mais l’apiculture intéresse les gens. Quand on parle d’apiculture, des abeilles, il y a toujours quelque chose qui va intéresser, voire impressionner les gens. On se demande toujours pourquoi elles travaillent autant, ce qui se passe à l’intérieur de la ruche, etc.

Combien êtes-vous aujourd’hui à travailler dans l’association ?

L’association est née d’un startup week-end. L’équipe initiale était constituée de Rémi et de Leena. Ils ont lancé le projet et ont gagné le startup week-end ensemble. Pendant un an ils ont cherché des partenaires et ont lancé les ateliers d’initiations. Puis Rémi a décidé de poursuivre l’association seul. Des équipes bénévoles ont ensuite peu à peu rejoint l’association et aujourd’hui nous sommes douze. Certaines s’occupent de la partie opérationnelle des ateliers, de l’école, d’autres du développement du site, des partenariats ou encore de la communication. Nous comptons également douze étudiants dans la formation que nous dispensons pour la première fois cette année. A terme, notre volonté est que ces étudiants puissent sensibiliser sur les ateliers d’initiation. D’une certaine manière nous sommes donc plutôt vingt-quatre aujourd’hui !…sans compter les apiculteurs partenaires qui participent aux réunions et aux évènements.

Quel est le parcours de Rémi ?

Rémi est diplômé de l’institut national polytechnique Grenoble. Il rejoint à la fin de ses études Bluenove : un cabinet de conseil spécialisé en open innovation et en intelligence collective dans lequel il participe à la construction de programmes d’innovation. Depuis longtemps attiré par les projets mêlant innovation et impact social, son envie d’entreprendre le rattrape en 2016 et il co-fonde Happyculteur avec Leena. Cette passion lui vient de sa mère, apicultrice amateur depuis maintenant 7 ans. En janvier 2018, il décide de rejoindre l’équipe de Ticket for Change en tant que responsable du Parcours Entrepreneur ; un programme d’accompagnement de 6 mois pour passer de l’idée à l’action et lancer sa startup à impact positif mais en restant président de l’association est investi dans son développement.

Et toi Anastasia, quel est ton parcours ?

Je travaille sur la communication d’un cabinet de recrutement depuis trois ans. J’ai rencontré Rémi lors d’un meetup autour du growth hacking et nous nous sommes mis à discuter tous les deux. Rémi m’a parlé de son projet et cela m’a passionné. Je lui ai dit que j’aimerais lui donner un coup de pouce et de fil en aiguille je m’occupe aujourd’hui de la communication avec  trois autres personnes depuis novembre.

J’ai 25 ans et je viens de la campagne mancelle (ndlr : Le Mans). En arrivant à Paris, j’ai eu envie de retrouver un peu de cette campagne, de ce vert et de contribuer à un projet qui me plaisait, qui avait du sens. C’est quand même génial de se dire qu’aujourd’hui on va pouvoir servir une bonne cause. On le voit en recrutement c’est un sujet qui est de plus en plus d’actualités pour les jeunes de vingt-cinq ans. Il y a une sorte de “quête de sens” chez beaucoup de jeunes (et moins jeunes) travailleurs.

Quelles sont tes perspectives pour l’avenir ? Souhaiterais-tu travailler pour l’association à plein temps ?

J’ai intégré le cabinet de recrutement il y a trois ans sur une belle opportunité. J’aime beaucoup mon travail mais plus le temps passe et plus j’ai envie d’avoir une vraie raison de travailler, un sujet proche de mes valeurs et que je ne retrouve pas forcément dans mon travail actuel. En parallèle je m’épanouis pleinement chez Happyculteur. Aujourd’hui dans l’association nous n’avons pas les moyens de rémunérer une personne mais à terme si je pouvais vivre de cette activité ce serait génial.

Combien de temps consacres-tu à l’association ?

Les bénévoles accordent le temps qu’ils veulent à l’association. Cela peut varier d’une semaine à l’autre. Nous essayons de tous nous voir une fois par mois pour maintenir la synergie. Entre les différents pôles (communication, partenariats, etc), nous nous voyons tous les quinze jours pour travailler sur les idées des deux semaines suivantes. Ces réunions ont lieu le soir ou parfois entre midi et quatorze heures. Au total, je consacre entre trois et quatre heures par semaine à l’association (parfois plus, parfois moins). Chacun apporte sa pierre à l’édifice et nous arrivons ainsi à faire vivre la communauté.

Est-ce qu’Happyculteur a vocation a devenir une véritable entreprise / startup ?

Au début, Happyculteur était partie pour devenir une entreprise/startup mais nous n’avons pas réussi à trouver de modèle économique viable car l’apiculture est trop dépendante des saisons. De septembre à avril, il ne se passe rien dans la ruche donc il n’y a pas d’activité économique possible. Nous nous sommes donc tournés vers le modèle associatif pour maximiser notre impact et rendre l’apiculture “vraiment”  accessible à tous. Cela nous a permis de baisser le prix des ateliers, mais aussi de constituer une petite équipe de bénévoles ce qui permet un rayonnement plus grand de l’association. Les ateliers permettent de faire vivre l’association et de financer du matériel apicole.

Un mot peut-être pour conclure ?

Tous les membres de l’association ont l’envie commune de vouloir s’engager pour l’environnement. Dans l’équipe, nous avons tous les profils. Le plus jeune a 19 ans et le plus sénior a 55 ans. C’est vraiment, toutes les générations qui se mélangent et se retrouvent sur un même sujet.

Nous sommes ravis de travailler en communauté et de toujours rencontrer de nouvelles personnes de plus en plus impliquées pour l’abeille en ville. C’est une vraie richesse que de se battre pour un sujet qui nous tient tant à coeur ! Nous comptons beaucoup sur le bouche à oreille pour nous faire connaître ainsi que sur la passion et l’intérêt que l’on va réussir à déclencher chez les gens. On vous invite à venir nous voir sur nos ateliers (prochaines dates sur www.happyculteur.co)

Nous avons la conviction qu’à terme nous allons réussir quelque chose de grand avec du sens. Alors rejoignez nous en participant à un atelier !

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