LaCharrette.org

(Crédits photo : lacharrette.org)

Entretien avec Laura, cofondatrice de La Charrette, un site visant à faciliter la vente de produits en circuit court par du covoiturage. Laura explique le concept de son entreprise ainsi que les raisons qui l’ont amenées à quitter son travail pour lancer cette activité.

Bonjour Laura, pourriez-vous décrire en quelques mots le concept de La Charrette ?

J’ai créé La Charrette avec ma sœur Marie en 2017 sur l’idée de s’appuyer sur le covoiturage de produits locaux afin d’aider les producteurs à vendre leurs produits en circuit court. Marie et moi sommes toutes les deux des consommatrices, et nous avons fait le constat qu’il était encore difficile aujourd’hui de manger local, et que la vente en circuit-court restait chère (exemple des sites de vente directe) ou contraignante (Amap, ruches, …). Ces prix élevés sont compréhensibles : il n’existe pas du tout de chaîne logistique pour les circuits courts en France. Les producteurs sont souvent livrés à eux mêmes et utilisent pour la livraison de leurs produits soit des transporteurs (comme Chronospost, mais c’est très cher et limité), soit se déplacent eux-mêmes, souvent sans pouvoir optimiser leur véhicule. Les volumes de vente sont en plus généralement assez faibles et les commandes difficiles à planifier. Marie et moi nous sommes alors dit que si nous voulions développer la vente en circuit-court, il fallait faire baisser le prix du transport. Transporter des petits volumes à quelques clients coûtent très cher.

C’est ainsi que nous avons eu cette idée de covoiturage. Nous en avons parlé à des producteurs et avons réalisé qu’il y avait déjà beaucoup de trajets réalisés en commun entre producteurs : le covoiturage est une pratique courante entre voisins ou membres d’une même famille dans l’agriculture.

Le covoiturage convient par ailleurs aux impératifs des circuits courts : c’est un mode de transport très souple. Un producteur peut utiliser le covoiturage soit pour envoyer ses produits via le trajet d’un autre producteur, soit lui-même partagé le trajet. Cela laisse le choix de voir ou non le client, selon le besoin des producteurs.

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Quand avez-vous lancé l’activité ?

Nous avons lancé le site en 2017 et ça a très bien marché. Le concept a été lancé initialement en Rhône-Alpes, notre région test. En fin d’année, nous avions plus d’une centaine de producteurs, et donc autant de trajets. Nous avons alors remarqué que notre site internet était un peu basique par rapport à nos flux de réservation. C’est le site actuel que vous avez dû voir. Il s’agit d’un site d’annonces avec un mode de fonctionnement pour le moment basique. Le producteur qui va quelque part va poster une annonce en indiquant qu’il a de la place dans son véhicule. Nous n’intervenons pas. Maintenant que beaucoup de producteurs ont testé et apprécié le concept, nous avons pris conscience que l’idée était validée et que nous devions créer un nouveau site. Nous avons travaillé là-dessus depuis début 2018. Un producteur pourra très bientôt poster une annonce parce qu’il recherche du covoiturage, ou bien parce qu’il en propose. Le moteur de recherche va permettre aux producteurs de trouver ce dont ils ont besoin. Nous disposeront également d’une assurance au cas où il arrive quelque chose aux produits confiés. Le nouveau site assurera enfin le paiement et le partage des frais en ligne, ce qui n’est pas le cas dans la version actuelle.

Vous êtes en quelque sorte de le « BlaBlaCar » du circuit court ?

Autour de nous on nous compare souvent à BlaBlaCar. Nous sommes d’une certaine façon le « BlaBlaCar » des produits locaux ou des circuits courts, mais avec une commission retenue bien moins importante et qui doit nous permettre de simplement faire vivre la plateforme. Les concepts sont comparables : nous cherchons à optimiser des trajets qui sont déjà prévus.

Il y a beaucoup de profils différents qui pourraient aider à « co-voiturer » des produits en circuit court. Je pense par exemple à des particuliers. Cela fait-il partie de vos objectifs ?

Le nouveau site permettra aussi à des particuliers et à des professionnels (restaurateurs, épiciers, …) de proposer de la place pour aller voir un producteur ou bien pour demander à se faire livrer. Notre plateforme n’était initialement ouverte qu’aux producteurs. Mais nous nous sommes rendues compte qu’il y avait aussi besoin d’organiser les livraisons en aval (restaurateurs, épiciers). Par exemple à Lyon : nous avons remarqué qu’il y avait une importante demande du centre ville (restaurants, etc) d’approvisionnement en circuit court. Mais pour les producteurs, cela ne vaut pas le coup de venir au centre de Lyon si cette livraison n’est pas optimisée.

Pour les particuliers, nous ne cherchons clairement pas à « uberiser » le secteur d’une quelconque façon. Les trajets ne pourront pas être facturés plus que ce qu’il coûte vraiment. Pour un particulier, ça ne sera donc pas rentable, cela doit impérativement rester du partage de frais. Tout cela est légal dans la mesure où celui qui fait le transport ne se rémunère pas. Nous calculerons d’ailleurs nous-mêmes ce que coute les trajets et proposons ce montant aux utilisateurs.

Notre objectif est de récréer de l’entraide, du lien entre particuliers et producteurs avec les circuits courts.

Un producteur pourrait avoir « peur » de faire livrer ses produits par un inconnu. Avez-vous aussi mis en place un système de notation comme beaucoup de plateformes ?

Sur le nouveau site, il y aura un système de notation. Ce ne sera pas vraiment une note, nous évaluerons le trajet en fonction de la ponctualité et du soin apporté aux produits. Il n’y a pas de véritables craintes là-dessus mais cela reste du « collaboratif ». Il y a toujours comme pour BlaBlaCar un petit degré d’incertitudes. Il faut savoir que de nombreux producteurs nous ont dit qu’ils avaient encore moins confiance dans les transporteurs professionnels ! Nous aurons aussi l’assurance qui couvrira les dommages sur les biens. Nous retiendrons aussi le paiement jusqu’à ce que la livraison ait été effectuée. Si au bout de 48h, nous n’avons pas reçu de réclamation, nous considèrerons que la livraison est bien arrivée.

La Charrette est une entreprise. Nous pensons que notre activité a tout pour être saine socialement et économiquement. Ce n’est pas comme si nous faisions quelque chose de purement bénévole. Les producteurs savent que nous prélevons une commission. Mais cette commission n’a pour vocation que de financer la plateforme, si nous atteignons d’importants volumes en France. Nous faisons partie de l’économie sociale et solidaire, mais avec un statut d’entreprise. Notre modèle est viable et apporte aux producteurs un gain de temps et d’argent.

Nous avons choisi une adresse pour le site internet en « .org » car les autres domaines étaient pris. Nous avons pensé que c’était aussi dans l’esprit de ce que l’on souhait faire.

Pourriez-vous nous en dire plus sur votre parcours, à vous et à votre sœur ?

Marie et moi avons quitté nos travaux respectifs pour lancer La Charrette, depuis maintenant un an et demi. Nous nous sommes lancées pour développer les circuits courts. Pour nous c’est un impératif de la révolution alimentaire et nous voulions trouver notre façon d’aider à la construction de ce nouveau modèle. Nous répondons aux besoins des producteurs.

Ma sœur Marie a un parcours d’économiste puis d’experte comptable : elle a travaillé dans la Finance pendant 10 ans. De mon côté je suis diplômé de Science-Po et en Droit. Après les études j’ai travaillé chez Total et ensuite dans une startup qui faisait de l’édition de médias en ligne. J’ai quitté cette startup pour créer La Charrette.

Quels sont vos liens avec le secteur agricole ?

Marie et moi ne venons ni du milieu agricole, ni du milieu de la Logistique. Nous sommes toutes les deux des consommatrices. 8 français sur 10 aujourd’hui veulent manger local. Nous en avions assez de ne pas contrôler ce que nous mangions.

Nous venons de la La Roche-sur-Foron, en Haute-Savoie, où il y a de nombreux producteurs. A côté il y a un Carrefour qui achète sans doute ses produits via une centrale d’achats et qui viennent d’Espagne ou d’Europe de l’Est . En tant que consommatrices, nous avons compris que nous devions savoir d’où provenaient les produits que nous mangions. C’est l’avenir de la Santé. Il y avait un problème de logistique dans la vente en circuit court et personne ne travaillait sur cet aspect. Avec ma sœur nous nous sommes dit que quitte à travailler beaucoup, nous préférions le faire pour quelque chose d’utile à la société. Travailler pour quelque chose qui ait vraiment du sens et qui puisse changer la donne entre producteurs et consommateurs.

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