Spiruline des monts d’Ardèche

Entretien avec Pascal, producteur de la Spiruline des monts d’Ardèche. Pascal parle de la spiruline et ses vertus, ainsi que de son activité et de la campagne de financement participatif qu’il vient de lancer.

Bonjour Pascal, avant toute chose, pourriez-vous nous expliquer en quelques mots ce qu’est la spiruline ?

La spiruline est un micro-organisme qui vit et qui se développe dans l’eau. Comme elle vit dans l’eau, elle est souvent présentée comme une micro-algue. La spiruline est cultivée en France depuis une vingtaine d’années. Elle a été redécouverte en France dans les années 60 mais en réalité, elle est présente sur terre depuis bien plus longtemps puisqu’elle est apparue il y a 3 milliards d’années. La spiruline est d’ailleurs à l’origine de toutes les formes de vie sur Terre.

La spiruline était consommée par tous les peuples comme les Aztèques et les Mayas. Je parle bien de « consommer » car il s’agit bien d’un aliment. Dans les années 60, des scientifiques se sont rendus compte qu’un peuple au Tchad, les Kanembous, qui vivaient près d’un lac où se développait naturellement la spiruline avait une durée de vie bien plus élevée que la moyenne, et cela notamment pendant les périodes de famine. La spiruline se développe naturellement dans des lacs particuliers, souvent des lacs volcaniques. Ces lacs contiennent des eaux dites « saumâtres », au pH basique. On en trouve surtout dans les régions chaudes en Afrique ou en Inde.

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Spiruline au Lac Thad – Crédits : Spiruline des Monts d’Ardèche

Au départ, c’est dans la lutte contre la malnutrition que la spiruline a acquis ses lettres de noblesse. Les scientifiques ont lancé de nombreux projets à base de spiruline pour lutter contre la malnutrition. Quand on administrait de la spiruline à un enfant pendant 1 mois, on voyait son état se stabiliser de façon bien meilleure que tout ce qui avait été tenté auparavant.

La spiruline a des vertus nutritionnelles uniques au monde. Certains médecins la décrivent comme l’aliment le plus complet de toute la Terre. Dans la spiruline, il y a quasiment tous les nutriments dont le corps a besoin. Aucun autre aliment ne contient tout cela. Pour ne citer que ce qui est le plus connu dans la spiruline, on y trouve 60 à 65% de protéines d’excellentes qualité qui contiennent tous les acides aminés essentiels, y compris ceux que le corps ne sait pas fabriquer. Pour comparaison, la viande de bœuf n’en contient que 20 à 25%, le soja 30 à 35%. La spiruline est aussi très riche en fer et contient beaucoup de minéraux (Phosphore, Potassium, …), de vitamines (E et B), ainsi que de la béta-carotène (utilisée pour transformer le fer en vitamine D). La spiruline contient enfin des pigments comme la chlorophylle ou de la phycocyanine, un pigment extrêmement rare qui a la propriété d’être un puissant anti-oxydant. Cela aide à lutter contre les effets du vieillissement et à « rebooster » le système immunitaire.

La spiruline est un aliment naturel, et non un complément alimentaire. Tous les nutriments sont assimilables par l’organisme.

Pourriez-vous décrire votre activité (localisation, superficie de l’exploitation, date de création, mode de production et de commercialisation, …) ?

Nous avons créé la Spiruline des monts d’Ardèche et faisons partis des 150 producteurs de spiruline en France, regroupés dans une fédération.

Il faut savoir que naturellement, la spiruline vit dans des régions plus tropicales. Elle a besoin d’eau, de lumière, de chaleur et une alimentation riche en minéraux et en oligoéléments.  Pour en cultiver en France, il faut donc reproduire un milieu de vie proche de son milieu de vie naturel.

Pour lui fournir l’eau : nous utilisons des bassins avec de faibles épaisseurs d’eau : 8 à 15 cm seulement. Cela permet de préserver la chaleur plus facilement.  Pour que l’eau monte en température et reçoive de la lumière, nous travaillons sous une serre. Le soleil va ensuite chauffer l’eau. Il n’y aucune autre source d’énergie.

Ensuite nous apportons à la spiruline ses aliments nécessaires qui vont lui permettre de se développer jusqu’à obtenir plusieurs milliards de micro-organismes. Souvent les gens imaginent plutôt une algue mais cela s’apparente plutôt à du plancton. Au bout d’un moment il y en a suffisamment dans l’eau pour que l’on puisse la récolter.

Pour la récolter, nous aspirons une partie du contenu du bassin et passons cette eau qui contient la spiruline sur un filtre extrêmement fin. Ce filtre va retenir la spiruline. L’eau récupérée va retourner au bassin. Nous tournons en circuit fermé, cela consomme très peu d’eau. Les gens imaginent aussi souvent que la culture de la spiruline nécessite une importante consommation d’eau mais en réalité ce n’est pas le cas.

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Serre – Crédits : La Spiruline des Monts d’Ardèche

Nous obtenons alors une sorte de crème de spiruline. Comme cela contient encore beaucoup d’eau, nous enfermons ensuite la spiruline et la pressons pour extraire le milieu de culture. Une fois cela réalisé, le résultat est une pâte de spiruline dont la consistance est proche de celle de la pâte à modeler. A ce stade, on pourrait la consommer mais comme elle est très riche en protéines, elle ne va se conserver très longtemps. C’est comme avec la viande. La spiruline fraiche, on peut la garder au maximum deux jours au réfrigérateur. Pour pouvoir avoir une consommation optimale, nous déshydratons à nouveau la spiruline. Pour cela, nous passons la pâte de spiruline dans un poussoir jusqu’à obtenir de fins filaments de spiruline de 2mm de diamètre. Ces filaments sont ensuite étaler sur des claies de séchage, puis sécher à l’aide d’un séchoir à air ventilé. Cet air doit être à basse température (environ 40°C) pour ne pas dégrader la spiruline. La spiruline ainsi séchée peut être concassée. On obtient ce que l’on appelle la « première forme de spiruline » ou encore « brindille » de spiruline. Ces filaments ressemblent aux vermicelles colorés que l’on peut mettre sur des gâteaux (sauf qu’ici tous les filaments sont verts !). C’est sous cette forme là que nous commercialisons la spiruline. Nous pouvons la conserver pendant deux ans. Sous cette forme, c’est également léger et facile à transporter/expédier.

Pour la consommer, la dose que l’on consomme est de trois grammes par jour (une cuillère a café rase de brindille). On l’intègre souvent comme un condiment sur d’autres aliments : sur des tartines au petit déjeuner, du fromage, des pâtes, ou tout simplement en l’avalant avec un jus de fruit frais. La spiruline ne contient pas de vitamine C, d’où l’intérêt de la consommer avec du jus de fruit. La vitamine C va favoriser l’assimilation du fer.

La spiruline a un goût particulier. Cela peut éventuellement gêner certaines personnes. On peut donc pousser le traitement plus loin en compactant les brindilles pour obtenir des comprimés d’un demi gramme. Cela permet aux personnes qui n’aimeraient pas le goût de la spiruline de la consommer autrement. La spiruline est notamment intéressante pour les sportifs ou les personnes convalescentes. Les sportifs peuvent en prendre entre 5 et 10 grammes par jour. Il n’y a pas de posologie en soit et donc pas de risque de surdosage. On peut en consommer 10-15g, on ne sera pas malade. Simplement, une personne qui souhaite en consommer pour rester bien portante, en bonne santé, ou pour ne pas être atteinte des petits virus n’a besoin que de 3 grammes par jour. Si cette personne en consomme plus, ça partira dans les urines. La spiruline est intéressante pour de nombreuses personnes : les femmes enceintes, les enfants en phase de croissance, les ados, etc. Pour les sportifs amateurs ou de haut niveau également, … cela aide pour les performances et pour la récupération. C’est devenu l’aliment du sportif par excellence.

Quel est votre parcours professionnel ? Avez-vous toujours travaillé dans la production de spiruline ? Si non, que faisiez-vous auparavant ? Qu’est-ce qui vous donné envie de changer de métier ?

Avec ma compagne, nous venons de démarrer l’activité. Nous allons ensemencer nos bassins dans les jours qui viennent. La première production sera effective fin juin et les premiers lots de spiruline fin juillet. Mais notre lien avec la spiruline n’est pas du tout nouveau. J’ai une formation agricole (Brevet Professionnel Agricole). En 1998, lorsque j’étais en formation, il fallait présenter une culture innovante, et par chance, à côté de chez moi, il y avait le premier producteur de spiruline. J’ai eu la chance d’aller le rencontrer. Avec ma campagne on est tombé sous le charme. Au niveau énergie, regain de vitalité, meilleur sommeil, qualité de la peau, des yeux, etc. Nous avons été convaincu par cet aspect de l’aliment, qui est vraiment exceptionnel dans nos milieux « industriels ». Nous ne souffrons pas de malnutrition mais comme certains disent, nous sommes des « malnuriches » : nous n’absorbons pas ce qu’il faudrait ou trop de ce qu’il ne faudrait pas.

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Evelyne et Pascal – Crédits : La Spiruline des Monts d’Ardèche

Depuis plus de 20 ans nous nous étions promis avec ma compagne que l’on produirait un jour de la spiruline. L’occasion s’est présentée, à un moment charnière dans notre vie. Nous avons trouvé un terrain exceptionnel par son exposition, exempt de toute pollution, de route, ou de grandes productions avec des produits chimiques autour. Nous avons une eau d’excellente qualité aussi. C’est très important pour la spiruline.

Pour se former, ma compagne et moi sommes retournés à l’école à Hyères pour suivre une formation dédiée à la culture de la spiruline.

Vous avez lancé une campagne de financement participatif ? Pourriez-vous nous dire quelques mots sur votre projet ?

Nous avons financé toutes nos installations par des emprunts bancaires (serre, matériels, outils, …). Comme je vous le disais, à la fin du processus de fabrication, il faut sécher la spiruline. Nous avons donc besoin d’un séchoir. Certains professionnels utilisent des séchoirs avec de l’air qui circule dans la serre. Mais ici l’air est très humide, ce qui risque de ralentir le développement de nos cultures. Nous avons donc décidé de nous équiper d’un séchoir professionnel qui a l’avantage de gérer de façon autonome le taux d’humidité et ce quel que soit le temps.  Même s’il fait humide, nous pourrons sécher notre spiruline.

L’objectif de la campagne de financement est de financer notre séchoir pour un investissement de 7 500€. Nous avons démarré notre financement il y a deux à trois semaines. Aujourd’hui, nous avons atteint environ 51% sachant que toutes les personnes qui nous connaissaient ont contribué.

Il y a plusieurs avantages à devenir contributeur. C’est d’abord un geste citoyen qui va permettre au contributeur de soutenir une initiative locale et qui, dans le cadre de la spiruline, va favoriser l’implantation de quelque chose d’utile à l’humanité. Derrière, en contrepartie, les contributeurs auront des contreparties : une plaque de porte d’un montant de 10€ (nous travaillions dans l’artisanat du bois auparavant) pour 10€ financés. Et ensuite dès 25€, nous offrirons un sachet de spiruline à essayer en plus de la plaque de porte.

Pour conclure, y a-t-il un sujet que vous souhaiteriez évoquer et qui caractérise votre activité ?

La spiruline s’adresse vraiment à tout le monde. C’est un aliment exceptionnel pour tous. Cela démarre dans le ventre de la maman, où les bébés en profitent aussi. Viennent ensuite les enfants en bas-âge, les adolescents, les actifs, les sportifs et les séniors.

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