La Ferme à foison

Entretien avec Alexia, créatrice de La Ferme à foison, une microferme en permaculture. Alexia décrit son projet et son parcours.

Bonjour Alexia, sur votre page MiiMOSA, vous avez indiqué avoir souhaité vous « reconvertir » à l’agriculture. Que faisiez-vous auparavant ? Qu’est-ce qui vous a décidé à changer de voie ?

Je travaille depuis 12 ans dans une administration. 12 ans que je suis enfermée dans un bureau toute la journée alors que je suis quelqu’un qui ne tient pas en place. Créer un projet en permaculture était un rêve d’ado que j’ai laissé dans un coin de ma tête jusqu’au jour ou j’ai enfin décidé de franchir le cap en voyant la dégradation de la planète, les dérèglements climatiques qui s’accentuent, l’urgence d’entamer une transition agricole et écologique. J’ai décidé d’apporter ma pierre à l’édifice pour changer les choses devant l’inertie de notre gouvernement qui ne mesure apparemment pas l’ampleur de la catastrophe écologique vers laquelle on se dirige. J’ai entamé un parcours de formations courtes pendant 3 ans sur mon temps libre auprès de la Maison Familiale et Rurale d’Uzès, de l’ADEAR, d’Agribiovar, du CIVAM, du Jardin du Galeizon et de la ferme du Bec Hellouin. Pour l’instant j’aménage le terrain petit à petit en commençant par la création d’écosystème, l’amélioration de la qualité du sol, la plantation d’arbres (haies, forêt comestible, verger) et une fois que tout ça sera opérationnel je lancerais les cultures et deviendrait agricultrice à titre secondaire dans un premier temps puis à temps plein. Une association sera également créer afin d’organiser des animations sur la ferme.

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Vous avez créé la « Ferme à foison« , une microferme inspirée par la permaculture et l’agroécologie. Pourriez-vous en expliquer le concept et en particulier définir (par souci de pédagogie !) ce que sont que des « microfermes » ?

Une microferme, comme son nom l’indique, est une ferme de petite surface (généralement moins d’un hectare), à taille humaine, basée sur un agrosystème varié, naturel et très productif, visant généralement l’autonomie du paysan (semences, semis, intrants), la protection de la nature et l’amélioration de la biodiversité et de la qualité des sols, commercialisant en circuit-court, et fonctionnant avec un recours minimal aux énergies fossiles.

Dans une micro-ferme, les cultures maraîchères sont réalisées à la main, ce qui permet une densification de la production et d’apporter beaucoup de soin aux plantes et au sol. Une microferme est peu ou pas mécanisée, on peut presque dire que la mécanisation est anecdotique comparé à tout l’arsenal que l’on peut retrouver dans les exploitations agricoles classiques.

La production répond à minima aux standards de l’agriculture biologique (bien que toutes les microfermes ne soient pas forcément labélisées) et se base sur les principes de l’agroécologie, la permaculture, ou encore la biodynamie.

C’est un modèle agricole qui nécessite peu de moyen financier (terrain moins cher car plus petit, serre de plus petite taille, pas de gros engins agricoles onéreux etc…) mais plus de connaissances techniques (faire ses propres semences et semis, maitriser les associations de culture, maintenir un sol vivant, maraichage et arboriculture, parfois élevage etc….). Le paysan doit être très polyvalent.

C’est le modèle que l’on retrouve le plus souvent parmi les porteurs de projet car ce sont souvent des NIMA (Non Issu du Milieu Agricole) avec peu de moyen financier et aucun foncier à disposition vu qu’ils n’ont pas hérité d’une ferme familiale. De plus, ce modèle est plus facilement reproductible en périphérie urbaine de par sa petite superficie et la rareté des terres disponibles à l’installation à cause de la spéculation immobilière et de l’urbanisation toujours plus gourmande en terre agricole.

La plupart des projets de microferme allient éthique personnelle, sociale et écologique. On retrouve souvent au sein de ces fermes des actions de sensibilisation du grand public sur les liens qui unissent l’agriculture, la santé et l’environnement et des activités annexes telles que la formation, l’accueil à la ferme ou l’animation d’atelier pédagogique.

Je pense que créer une microferme est un acte militant et c’est une façon de participer au nouveau monde que nous souhaitons voir émerger, un peu à l’image de Gandhi qui disait « soit le changement que tu voudrais voir ». Ce modèle répond à la nécessité de changer le modèle agricole qui est à bout de souffle.

Quelle est la différence entre « permaculture » et « agroécologie » ?

L’agroécologie est un ensemble de techniques agricoles écologiques comme l’économie d’eau, la lutte contre l’érosion des sols, l’agriculture de conservation, le reboisement, l’agroforesterie, l’utilisation de variétés locales mieux adaptées, les associations de culture etc… Les pratiques agroécologiques s’intègrent parfaitement dans la permaculture mais la permaculture n’est pas qu’une technique agricole.

La permaculture est un outil de conception qui permet de placer les bonnes choses aux bons endroits afin de pouvoir bénéficier d’un maximum d’interactions bénéfiques. La permaculture s’applique souvent aux systèmes agricoles mais elle n’est pas limitée à ce domaine, elle peut aussi être appliquée dans la conception d’habitat ou les relations au sein d’un groupe d’humains avec une dimension éthique et sociale qui fait défaut à l’agroécologie.

Vous avez lancé une campagne de financement participatif. Pourriez-vous nous décrire en quelques mots votre projet et ce que vous allez faire des sous collectés ? 

Mon projet est donc une microferme en permaculture qui sera composée :

  • d’un verger maraîcher mélangeant des techniques de culture et des idées glanées auprès de la Ferme du Bec Hellouin, de la Ferme des miracles et du bio-intensif comme au Jardin de la grelinette,
  • d’une forêt comestible à l’image de celle de Martin Crawford,

La commercialisation se fera en circuits courts (à la ferme, paniers bio, marchés).

La partie verger sera un conservatoire de variétés anciennes et il y aura un jardin dédié à la reproduction de semences paysannes locales.

J’organiserais des ateliers pédagogiques à destination des enfants pour les sensibiliser aux enjeux climatiques, aux bonnes pratiques de jardinage et à la transition agricole.

La Ferme à foison sera un refuge de biodiversité pour la faune sauvage grâce aux aménagements que j’installerais petit à petit afin de recréer des écosystèmes (mare, forêt comestibles, plate-bande en herbe, fleurs mellifères, abris pour chauve-souris et hérissons, nichoir pour les oiseaux, hôtel à insecte, abris pour les reptiles, haies diversifiées).

Au niveau de l’aménagement, j’ai commencé par planter une haie diversifiée sur plusieurs strates composée de 18 espèces différentes d’arbres, d’arbustes et de buissons afin d’offrir le gîte et le couvert à la faune sauvage et d’attirer les auxiliaires de culture.

Afin d’avoir une grande diversité génétique dans ma haie je suis partie de semences d’arbres, chose qui ne se fait quasiment plus de nos jours car les pépiniéristes font généralement des boutures ce qui a pour effet de produire des arbres identiques les uns aux autres pour satisfaire la demande des clients qui veulent des haies uniformes mais cela réduit considérablement la diversité génétique vu que ce sont tous des clones.

La collecte va me servir à sécuriser le travail que j’ai accompli pour l’instant et va me permettre de continuer à aménager le terrain : Il me reste 3 portails à installer pour fermer complètement le terrain qui est une nécessité absolument car il y a beaucoup de sangliers dans le coin et le paillage autour de mes arbres risque de les attirer cette été lorsque ce sera la sécheresse, ils viendront probablement gratter en-dessous pour chercher l’humidité et les vers de terre en ravageant tout ce que j’aurais planté. La collecte va également servir à installer deux points d’eau sur mes parcelles, pour l’instant je viens arroser de temps en temps les arbres avec des bouteilles d’eau, je peux me débrouiller comme ça pour la haie mais c’est très chronophage et lorsque je vais agrandir cet hiver les surfaces plantées (verger, forêt comestible et un jour maraîchage) les bouteilles d’eau ne suffiront plus et il n’est pas envisageable de faire du maraîchage sans avoir de l’eau sur le terrain. Enfin, le reste de la collecte permettra de me faire livrer des matières organiques (fumier, paille, foin, broyat de végétaux) pour améliorer la qualité de mon sol en vue de préparer les futures planches de culture.

Avoir un point d’eau me permettra également d’installer quelques poules et quelques brebis qui me serviront de tondeuse écologique.

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Vous vous installez à Pujaut dans le Gard. Comment avez-vous trouvé ce lieu ? La région représente-elle quelque chose de particulier pour vous ?

Je suis originaire d’Avignon et pour des raisons personnelles je ne voulais pas m’éloigner trop d’Avignon. J’ai mis 2 ans pour trouver ce terrain par le bouche à oreille, tout ce que j’avais visité jusque-là ne correspondait pas à ce dont j’avais besoin (trop éloigné, problème d’accessibilité, trop cher, trop petit, garrigue incultivable… etc) et lorsque j’ai visité ce terrain je suis tombée amoureuse du paysage avec sa vue sur la falaise, le sol était humide et meuble ce qui me semblait plutôt pas mal pour faire du maraîchage alors je n’ai pas hésité une seule seconde car en étant une NIMA ce n’est pas évident de trouver un terrain pour s’installer, les agriculteurs se vendent généralement leurs terres entre eux à bas prix et par conséquent on ne les retrouve pas en vente dans une agence immobilière ni sur le bon coin à moins de faire partie de leur réseau ce qui n’était pas mon cas.

Le Gard représente aussi un avantage pour les installations agricoles de petites tailles comme la mienne car la surface minimum d’installation y est plus petite que dans le Vaucluse (8 000 m2 dans le Gard contre 25 000 m2 dans le Vaucluse). Pour être considéré comme un agriculteur et pour pouvoir bénéficier du statut chef d’exploitation, il faut répondre à différents critères dont notamment la surface minimum d’installation en dessous de laquelle on n’est pas considéré comme un agriculteur, dans le Vaucluse il aurait fallu faire une dérogation (grâce au temps de travail) mais cela aurait été plus compliqué.

Un mot pour conclure ?

Voici un lien vers un évènement où je serai présente prochainement : https://www.miimosa.com/fr/projets/aidez-la-ferme-a-foison-a-voir-le-jour/actualites/stand-a-la-fete-des-liberte-le-24-juin-ile-de-la-barthelasse

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