Château La Clotte-Cazalis

Entretien avec Marie-Pierre Lacoste, viticultrice et gérante du Château La Clotte-Cazalis. Marie-Pierre décrit son activité et son parcours.

Bonjour Marie-Pierre, pourriez-vous décrire en quelques mots votre activité ?

Je suis exploitante d’une propriété familiale à Barsac, en Gironde sur l’appellation Sauternes. C’est une propriété familiale dont je m’occupe au niveau technique depuis 2001 mais dont je ne suis officiellement gérante que depuis 2015, lorsque j’ai pris la suite de ma mère. Sur la propriété, nous produisons du Sauternes, du Bordeaux rouge, et du Bordeaux blanc sec. Nous avons aussi quelques parcelles plantées en céréales.

Au départ, j’ai fait une école d’ingénieur, spécialité viticulture et œnologie. J’ai travaillé sur Sauternes entre 2001 et 2003. Je suis ensuite partie 2 ans à l’étranger et à mon retour, j’ai repris le suivi technique de la propriété familiale en parallèle d’une activité de conseil sur d’autres propriétés de Gironde. Je ne suis pas devenue gérante du jour au lendemain, cela s’est fait progressivement.

chateau-la-clotte-cazalis-2
Crédits photos : Château La Clotte-Cazalis

Combien êtes-vous à travailler sur l’exploitation ?

Je suis toute seule en tant que gérante, et sur les parties vignes et chai,. J’ai quelqu’un qui m’aide sur la partie mécanisée et également des saisonniers. Sur la propriété je suis toute seule à travailler à plein temps.

Comment commercialisez-vous vos vins ?

L’essentiel de la commercialisation se fait à la propriété ou par le bouche à oreille. Ce sont principalement des ventes en France. Je vends un petit peu aussi à l’export, aux États-Unis, en Italie et en Allemagne. Nous n’avons pas de gros volumes sur la propriété. Une petites partie des ventes est effectuée par le négoce de Bordeaux.

Pourriez-vous décrire en quelques mots vos vins ?

Nous produisons des grands vins liquoreux qui demandent beaucoup d’attention au niveau du mode de production et de la récolte en tries manuelles. Nous sommes souvent positionnés en termes de note au niveau des crus classés. Depuis le départ nous avons vraiment cherché la qualité. Sur les Bordeaux nous sommes plutôt sur des terroirs plus standards mais c’est la même ligne de conduite de production, avec une valorisation différente selon les produits. Pour les blancs secs, nous ne vendons que 1700 bouteilles par an, c’est une petite production, très bien valorisée. Il s’agit d’un blanc sec atypique, produit sur le terroir de Sauternes avec des vieilles vignes issues de Sauvignon et Sémillon, cela plait beaucoup.

chateau-la-clotte-cazalis-3
Crédits photos : Château La Clotte Cazalis

Vous avez lancé une campagne de financement participatif. Pourriez-vous nous décrire en quelques mots votre projet ?

Cela s’est fait petit à petit. Au départ, j’ai entamé une conversion Bio en 2015 et un peu d’agroforesterie par la plantation de 700 arbres sur les parcelles céréalières. J’ai ensuite eu un projet de plantation : 1 ha que je pouvais replanter en Bordeaux. J’ai voulu mener ce projet en agroforesterie afin de développer un maximum de diversité sur la parcelle. Nous avons alors concouru pour le concours « Arbre d’avenir ». Notre projet a en fait été collectif puisqu’il a été monté avec deux autres propriétés de Gironde avec lesquelles nous discutions beaucoup d’agroécologie. Chacun a présenté le concours à titre personnelle mais avec une dynamique locale. Les résultats du concours m’ont permis de financer une partie de la plantation. En plus de cela, nous avons été désignés « Grand gagnant », ce qui ouvert la voie à la campagne de financement participatif (la campagne de financement participatif faisait partie de l’aide donné au Grand gagnant du concours d’Arbre d’avenir). La plantation était déjà faite mais l’ensemble des financements obtenus a permis d’étoffer le projet avec notamment la mise en place de nichoirs, de ruches et surtout de matériels pour la traction animale.

D’où vient votre souhait d’aller dans le sens de l’agroforesterie ?

L’agroforesterie, c’est très personnel. J’ai toujours voulu avancer dans ce sens. Cela venait en complément de d’autres démarches mises en oeuvre comme la mise en place d’un cheval de trait comme partenaire de travail en 2012. Au niveau des haies, nous avions à cœur de laisser ce qui existait déjà sur la propriété. Toute la démarche bio et agro-écologie vers laquelle nous avançons a comme point de départ le fait que nous sommes sur un territoire sur lequel on produit de grand vins liquoreux grâce à un champignon : botrytis cinerea. Préserver toutes cette vie autour de la vigne, c’est une démarche indispensable. Petit à petit, en avancant sur les connaissances, en essayant de sortir des notions de production et de regarder par un oeil un peu différent j’en suis arrivée à voir la viticulture un peu différemment et à remettre la vigne dans un contexte un peu plus naturel.

C’est une logique globale : travailler sur les sols vivants, sur la biodiversité, sur la faune présente. C’est un tout et nous essayons de remettre différents éléments en place par petites touches.

Qu’aimez-vous dans votre métier ? A l’inverse, y a-t-il des choses que vous aimez moins ?

Tout est très motivant, sur des projets comme ceux là, où on avance sur des notions nouvelles. C’est un métier très complet, varié. Complet parce qu’il y a la vinification, la commercialisation, et toute la palette de compétences dont on a besoin sur une propriété. Il y a aussi l’agronomie et la technique, et bien sûr le fait que tous les ans on reparte à zéro sur un nouveau cycle et une nouvelle aventure avec un millésime différent. On ne se lasse pas de faire ce métier.

Il n’y a pas vraiment de mauvais côté. Comme dans tous les boulots, il y a des matins où l’on a moins envie d’y aller !

Y a-t-il un sujet que vous souhaiteriez évoquer pour finir et qui caractérise votre activité, votre Domaine ou bien tout simplement vous-même ?

Il y a l’aspect familial. Sur la propriété nous avons eu un arrêt d’activité de 50 ans suite aux problèmes de santé de mon grand-père. Nous avons redonné de la vie sur cette exploitation. Elle existe depuis 1779…ça a été une joie pour tout le monde d’avoir pu relancer l’activité !

Pendant la période d’arrêt, les vignes étaient en fermage, c’est un autre viticulteur qui s’en occupait. Il vinifiait les vignes à son propre nom. Donc il n’y avait plus de marques. Nous avons récupéré les vignes dans un état différent de celui que l’on aurait eu s’il n’y avait pas eu de pause dans la gestion familiale de l’exploitation. Il a fallu remplacer les pieds de vignes, recréer le chai… qui datait de la seconde guerre mondiale ! C’était une vieille installation, statique depuis 50 ans. Nous avons donc recréé un chai beaucoup plus moderne pour travailler.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *