Bisons d’Auvergne

Entretien avec Bisons d’Auvergne: un goût d’ici venu d’ailleurs

Pourriez-vous décrire en quelques mots votre activité (date d’installation, taille de l’élevage de bisons, type d’agriculture et mode de commercialisation des produits, …) ?

Bisons d’Auvergne est une exploitation qui élève des bisons. Nous nous sommes installés il y a 6 ans maintenant. On compte 240 têtes de bisons. C’est une exploitation dans une région d’herbage, il n’y a que de l’herbe : on la récolte pour l’hiver et l’été et nous consommons tout simplement la quantité qu’on arrive à consommer.

Pourquoi avoir choisi d’élever des bisons ? Est-ce rare en France ? Y a-t-il des conditions d’élevage particulières par rapport à d’autres bovins habituellement élevés en France ?

C’est une production atypique par rapport à d’autres élevages typiques. Ça nécessite une commercialisation en direct. Il n’y a pas de filière organisée en France. Donc c’est en direct. Si vous voulez vous lancer dans l’élevage, il faut être capable de maîtriser la commercialisation de A à Z. Nous commercialisons la quasi-totalité en direct aux particuliers. Bisons d’Auvergne travaille avec quelques restaurants pour des occasions spéciales telles que des mariages ou des fêtes de fin d’années. Maintenant nous ne commercialisons pas trop avec les professionnels parce que nous n’avons pas encore une taille suffisante. Aujourd’hui, si vous décidez de vous lancer avec des professionnels, il faut tout d’abord une régularité et il faut avoir un réseau professionnel suffisamment développé afin de réussir à vendre toute votre production.

Petit à petit nous sommes en train de nous lancer là-dedans, en essayant tout d’abord de nous faire connaitre, mais aussi de nous préparer comme il faut, pour bien maîtriser la préparation des commandes et les différentes étapes nécessaires.

En fait, les professionnels demandent du sérieux de la régularité (concernant surtout la découpe, et l’abattage). Pour la découpe nous nous adressons maintenant à un professionnel agrée. Malheureusement, dans la plupart de cas, ceux qui s’occupent de la découpe c’est des tacherons qui ne regardent pas forcément la qualité de la viande. Nous voulions quelqu’un qui aillait moins vite mais qui pouvait bien maîtriser sa découpe en faisant de la découpe de qualité.

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La découpe est toujours effectuée par des professionnels

Nous maîtrisons personnellement nos bisons et nous savons très bien que la découpe peut gâcher la qualité de la viande.

Comment commercialisez-vous vos produits ?

95% de nos ventes sont faites aux privés, 70% par internet et 30% sur des marchés de producteur fermiers à Paris. Cette année nous allons commercialiser à Marseille aussi.

Je suis tout seul sur l’exploitation et je ne peux pas m’éloigner trop souvent. C’est donc pour ça que nous privilégions les gros marchés éphémères, pas réguliers.

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Produits « Bisons d’Auvergne »

Le bison étant une viande gourmet, nous n’avons pas un marché dans les marchés réguliers.

Qu’est-ce que vous en pensez de la commercialisation sur Internet ?

Nous commercialisons aussi via notre propre site internet et via des plateformes. Nous nous sommes inscrits sur des plateformes destinées à des producteurs qui n’ont pas de site internet. Elles vont proposer aux agriculteurs de vendre à leur place sur leur site internet.

Nous avons fait le choix de faire ça nous même par notre site, parce que l’alimentation aujourd’hui c’est rentrée dans les mœurs et les gens achètent, mais nous ne sommes pas encore si connus (comme « Pour de bon » ou « Okadran » etc.). Il faut noter que le marché de l’alimentation a réussi à se développer aussi grâce à un nouveau prestataire dans les transports : ChronoFresh – ChronoPost qui a la capacité de transporter de la viande dans des caissons froids en livrant partout en France 24h. Grâce à cette solution, les gens n’hésitent plus à commander par internet en nous aimerons bien se positionner dans ce marché.

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Bison dans l’herbe

A ce sujet, quel sont les principales stratégies adoptées pour vous faire connaître ?

Nous travaillons énormément sur le référencement. Bisons d’Auvergne a beaucoup travaillé sur le référencement pour sortir en haut du panier, en essayant de communiquer pour arriver à être en concurrence avec des importateurs qui amènent la viande d’Amérique du Nord. Il faut être capable de « se faire voir » (par exemple à travers l’achat des bonnes mots clés, grâce à la bonne façon de construire le site internet etc.).

Quel est votre parcours professionnel ? Avez-vous toujours été éleveur ?

Moi j’ai fait l’école d’ingénieur à Dijon et j’ai développé mes études dans le secteur du marketing pour le machinisme agricole.  Concernant ma carrière : j’étais responsable commercial pour une marque de tracteur Massey Ferguson. Je travaillais beaucoup à l’export pour l’Europe et les Pays Baltes. Une autre vie, une autre expérience.

J’ai toujours voulu m’installer mais je ne savais pas trop dans quoi. Après, quand vous faites des études et que la vie avance, vous vous rendez compte que c’est beau de rêver, mais il y a la réalité du terrain.

Au début c’était très dur de reprendre hors cadre familial et le risque économique c’était très élevé, avec des filières qui n’arrivent pas à trouver des débouchés afin que les agriculteurs puissent vivre de leurs activités.

C’est en lisant un bouquin d’un auteur américain : Dan O’brien que j’ai eu mon inspiration. Il s’agit d’un auteur américain naturaliste qui racontait son métier d’éleveur, les difficultés etc. Ça m’a tellement passionné que je me suis dit que c’était ça qu’il fallait (et qu’il faut) faire. J’ai fait le tour des élevages de bisons en France et j’ai fini par arriver au bout de mes idées. C’est là que j’ai décidé démissionner et mon épouse a demandé sa mutation.

Je ne regrette pas. Quand nous regardons en arrière, nous n’aurons peut-être pas le courage, et il faut dire que physiquement ça a été dur. Aujourd’hui c’est une autre vie : plus calme, plus en phase.

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L’élevage

Nous avons eu deux petites filles et nous travaillons pour nous, pour la famille. Nous travaillons plus, et gagnons moins en argent, mais nous sommes beaucoup plus heureux.

Comme vous avez fait des études sur le marché du machinisme agricole : quels sont les suggestions, tirées de votre expérience, pour la vente en ligne des équipements agricoles ?

C’est surement Grégoire Besson, notre responsable marketing et commercial qui peut mieux répondre à cette question. Les agriculteurs aujourd’hui cherchent de plus en plus en ligne et nous… on est de plus en plus isolé.

Il faut qu’on arrive à se regrouper pour essayer d’avoir des meilleurs prix (groupements de producteurs). L’aspect commercial d’avoir des prix meilleurs, ou au moins compétitifs sur le marché, est très important. Cela étant, il y a aussi l’aspect technique : 70% des agriculteurs (ou de gens plus en général) préfèrent une marque plutôt qu’une autre, en raison du concessionnaire et du service de dépannage offert.

Par exemple, si on parle de vente des démarreurs de machines ou des karchers (c’est-à-dire des produits techniques) souvent les gens aiment bien avoir les conseils du début, la mise en route etc. Il faut englober le système de distribution, la mise en route des machines, la réparation des machines cassées etc. Plus les machines arrivent neuves, plus elles se cassent facilement (par exemple à cause d’un problème de moteur, ou de la boîte de vitesse sur des outils qui ont 15/20 h d’utilisation).

D’un point de vue industriel, on tire tellement les prix vers le bas que l’on se retrouve à avoir des problèmes de qualité même sur du matériel neuf. Donc ce qui est sûr est que les agriculteurs auront toujours besoin d’un réseau de dépannage capable d’apporter ces services.

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