Tout savoir sur l’élevage de chèvres ou caprin

Longtemps considérée comme « la vache du pauvre », l’élevage de la chèvre à travers le monde est tour à tour destiné à la fourniture de viande, de lait et plus rarement de fibre textile avec la production de mohair. L’élevage caprin français est essentiellement orienté vers la production de lait destiné à la transformation fromagère. 

Que ce soit pour produire quelques litres de lait, pour entretenir un terrain herbeux, ou pour servir d’animal de compagnie, la chèvre ne manque pas d’intérêt. Sachez toutefois qu’elle peut vivre une quinzaine d’années : on ne doit pas se lancer dans son élevage en cédant à un caprice. Elle n’a pas l’attachement d’un chien pour son maître, mais elle en manifeste cependant lorsqu’elle cherche une caresse ou une poignée de foin.

L’élevage de chèvres professionnel ne s’improvise pas. En effet, créer un élevage de chèvres laitières demande de bien penser son projet pour aller vers une activité rentable et pérenne. Avec plus de 5 000 éleveurs caprins installés en France, il faut être conscient de la concurrence, du marché actuel et des difficultés de la vie d’éleveur.

MONTER UN ÉLEVAGE CAPRIN

  • LE MARCHÉ. Les éleveurs de chèvres sont nombreux sur le territoire français. À ce jour, il existe plus de 5 000 élevages de chèvres laitières. Malgré tout, le nombre d’élevages de chèvres ayant une activité laitière chute progressivement depuis plusieurs années, car de nombreux exploitants partent en retraite et ne trouvent pas de repreneur pour leur élevage. La demande de lait et de produit au lait de chèvre est toutefois bien présente : il s’agit d’une bonne alternative au lait de vache et ses produits sont recherchés par les consommateurs. 
  • LA FORMATION. Il est tout à fait possible de s’installer comme éleveur de chèvres sans diplôme, de préférence après avoir travaillé auprès d’un exploitant expérimenté pendant un an au moins. Une formation agricole reconnue est toutefois nécessaire si vous souhaitez obtenir des aides financières pour votre installation. Si vous souhaitez commercialiser des fromages de chèvre, vous devrez également suivre une formation en transformation fromagère.
  • COÛT et RENTABILITÉ. La rentabilité d’un élevage de chèvres est variable en fonction de la taille du cheptel, des méthodes de production et du type de produit commercialisé. De manière générale, on considère qu’un élevage est rentable à partir de 80 chèvres pour une activité de vente de lait et 40 pour une activité de transformation en produits laitiers. La première année d’exploitation est souvent une année creuse : il faut compter 18 mois en moyenne pour faire des bénéfices et adopter un rythme de croisière. Qu’en est-il des dépenses liées aux chèvres ? Voici quelques chiffres clés qui vous aideront à vous projeter :
    • Le terrain : le coût du terrain varie d’une région à une autre. Comptez 1 hectare pour 15 chèvres pour un élevage extensif. 
    • Les installations et le matériel : vous devrez équiper votre terrain pour vos chèvres. Prévoyez un abri, des mangeoires et abreuvoirs, des installations pour stocker les aliments, mais aussi du matériel de nettoyage et de premiers soins.
    • Le matériel de traite et de transformation : une trayeuse automatique coûte au moins 250 €
    • Le coût des chèvres : une chèvre coûte 100 à 300 € en fonction de la race choisie. Si vous souhaitez transformer votre lait en fromage, vous devrez vous équiper de matériel de fromagerie, qui coûte au minimum 40 000 €.
    • L’alimentation : les chèvres doivent être nourries au fourrage, à la paille et aux concentrés alimentaires. Une chèvre consomme en moyenne 70 kg de fourrage et 600 kg de concentrés par an. 
    • Les autres frais : les frais vétérinaires peuvent être élevés si vos animaux tombent malades. Si ce n’est pas le cas, vous devrez tout de même prévoir plusieurs centaines d’euros pour la vaccination et l’entretien de vos chèvres.
  • LES OBLIGATIONS LÉGALES. Plusieurs interventions légales concernent les éleveurs de chèvres :
    • Tout éleveur doit se déclarer auprès de l’Établissement Département de l’Élevage pour obtenir un numéro de cheptel. 
    • Un imprimé de recensement doit être envoyé à l’EDE chaque année.
    • Toute chèvre doit porter une boucle d’identification avec son immatriculation et le numéro d’identifiant de son élevage.
    • Tous les animaux doivent être vaccinés.
    • Ne peuvent être introduits dans l’élevage que des animaux ayant une attestation sanitaire «officiellement indemne de brucellose».
    • L’éleveur doit désigner un vétérinaire sanitaire auprès de la DDCSPP (Direction Départementale de la Cohésion Sociale et de la Protection des Populations) de sa région. 
    • L’éleveur doit établir et conserver pendant 5 ans un registre retraçant l’achat, la vente ou le mouvement des animaux. Doivent également être conservés l’enregistrement des traitements administrés aux animaux, les ordonnances vétérinaires, les bilans sanitaires, les factures et tous les documents administratifs liés à l’élevage caprin.

LES BASES DE LA PRODUCTION CAPRINE

  1. Abriter des chèvres – Construire une chèvrerie

Il est nécessaire de construire un abri à chèvres avant d’accueillir les animaux. Comme c’est le cas pour presque toutes les activités d’élevage, il faut un abri, une zone herbeuse et bien sûr, une clôture solide. Les chèvres ne sont pas d’aussi bonnes fouisseuses que les cochons, qui aiment détruire les clôtures et s’échapper en un éclair. Cependant, ce sont d’excellentes grimpeuses et sauteuses. Par conséquent, il est nécessaire de disposer d’une bonne clôture renforcée qui ne leur fournit pas d’appui pour grimper. La clôture doit faire au moins 1,5 mètre de haut. Gardez en tête que si un arbre se trouve à l’intérieur de votre champ et proche de la clôture, même si cette dernière est renforcée et construite correctement, les chèvres tenteront sûrement de grimper dans l’arbre et de sauter à l’extérieur de votre propriété. Finalement, concernant la clôture, si votre habitation fait face à des prédateurs (coyotes, loups, etc.), vous devriez prendre des mesures supplémentaires (chien de garde, etc.). L’abri ne nécessite pas une construction sophistiquée : trois côtés fabriqué en palettes de bois et comportant un toit solide est suffisant. Il doit être bien ventilé et maintenu propre. Gardez en tête que cet abri doit être spacieux, pour que les chèvres ne se sentent pas à l’étroit (environ 3m² par chèvre).

  1. Comment choisir les chèvres pour leur lait ou pour leur viande

Comme cela se produit dans toutes les catégories d’animaux d’élevage, il existe plusieurs races et différentes stratégies correspondant à différents besoins et niveaux d’expérience. Tout d’abord, vous devez décider si vous souhaitez élever des chèvres pour leur lait et/ou pour leur viande. Alpine, Lamancha, Nubian, Saanen, Toggenburg et Oberhasli sont les races laitières les plus courantes. Boer, Beetal, Fainting, Kiko, Somali, et Napoletana sont des races à viande bien connues.

Il est conseillé aux éleveurs inexpérimentés de commencer par élever uniquement des chèvres femelles pour le lait parce que les mâles (boucs) nécessitent une gestion particulière. Dans ce cas, les nouveaux fermiers achètent souvent 3 ou 4 chèvres femelles de différents âges mais proches de 6 mois et commencent à les élever. Lorsqu’elles atteignent l’âge de reproduction, entre 1 an et 1,5 an, ils les accouplent avec des boucs extérieurs (des frais sont à prévoir).

Chaque chèvre donne généralement naissance à 1 à 3 chevreaux. Lorsqu’une chèvre (après la période de grossesse de 5 mois) donne naissance à une chevrette, la plupart des éleveurs conservent le petit pour augmenter le troupeau de chèvres femelles et récoltent le lait de la mère (la chèvre moyenne produit du lait pendant 10 mois après avoir accouché). Lorsqu’une chèvre donne naissance à un chevreau mâle (probabilité de 50%), soit ils le vendent, soit ils l’élèvent de façon naturelle, soit ils le castrent (à 3 semaines) et ils l’élèvent juste pour la viande ou comme animal de compagnie. 

  1. L’alimentation

Avant la prévalence au 20ème siècle des nourritures industrielles pour chèvres, les vieux fermiers avaient l’habitude de baser l’alimentation de leurs chèvres uniquement sur la pâture, le maïs, le foin et quelques fruits. Cependant, les races les plus vendues qui existent de nos jours et qui ont été choisies pour leur production de viande et/ou de lait, répondent bien aux nourritures industrielles. En général, l’alimentation d’une chèvre laitière est différente de celle d’une chèvre à viande. En règle générale, les chèvres à viande peuvent se nourrir de pâture, de foin et de fruits, là où l’alimentation des chèvres laitières est généralement supplémentée en nourriture industrielle, qui pour la plupart contiennent des mélanges de grains. Bien sûr, votre champ doit être capable de produire suffisamment de pâture variée pendant la plupart de l’année, sinon vous devez utiliser la nourriture industrielle pour toutes vos chèvres, laitières ou non. Par exemple, dans plusieurs régions où l’alfalfa et les espèces végétales liées ne peuvent pas pousser en raison du climat, de nombreux fermiers utilisent des cubes industriels d’alfalfa pour leurs chèvres.

En moyenne, les jeunes chèvres (entre 1 et 14 mois) peuvent ingérer entre 1 et 2 tasses à café d’un mélange de grains par jour selon leur poids. Cependant, l’objectif à cet âge est de les encourager à apprendre comment chercher et trouver leur nourriture, avec ou sans leur mère. Du foin leur est aussi proposé une fois par jour pendant l’été et deux fois par jour en hiver. Des compléments en minéraux et des herbes sont également proposés en quantités modérées. Les chèvres femelles matures qui ne sont pas enceintes prennent habituellement du foin deux fois par jour pendant l’hiver et une fois par jour pendant l’été, tout en étant libres de brouter la pâture pendant la majeure partie de la journée. On leur donne également du bicarbonate de soude dans les mangeoires, réputé pour aider la digestion. Bien sûr, une chèvre enceinte ou allaitante ne possède pas l’énergie nécessaire pour se promener toute la journée et de rechercher sa nourriture, alors son alimentation est habituellement supplémentée en herbes (cubes d’alfalfa). 

Dans tous les cas, les chèvres doivent avoir un accès permanent à de l’eau dans leur abri. Des abreuvoirs doivent également être placés en 2 ou 3 endroits distants de votre champ. Il est nécessaire de changer l’eau au moins une fois par jour. Vous pouvez aussi placer un bol inamovible dans l’abri, dans lequel placer des pommes, des carottes et des bananes. Enfin, des blocs de sel (qui constituent un complément en minéraux) sont ajoutés aux programmes alimentaires contemporains des chèvres.

  1. La traite des chèvres et la gestion des chèvres laitières

La chèvre moyenne peut s’accoupler à l’âge de 1-1,5 an. La période de grossesse dure environ 5 mois. Une fois que la chèvre accouche, elle commence à produire immédiatement du lait, mais il n’est pas recommandé de la traire pendant 1 ou 2 semaines. La raison en est que le chevreau nouveau-né a vraiment besoin de ce type de lait, qui ne convient généralement pas aux humains. Après 2 semaines, il est possible de la traire pendant 9 à 10 mois, deux fois par jour (matin et soir). La traite des chèvres peut s’effectuer à la main ou avec une machine. Dans les deux cas, l’hygiène et l’assainissement sont fondamentaux. Il est d’abord nécessaire de stériliser le seau à lait à l’eau bouillante. Ensuite il faut placer la chèvre dans la salle de traite, l’immobiliser en bloquant doucement sa tête et ses pattes arrières (ce n’est pas nécessaire si votre chèvre est calme). De nombreux fermiers proposent du grain à leurs chèvres pendant la traite pour les distraire et les tenir occupées. Il faut ensuite nettoyer à l’eau chaude les pis et les trayons de la chèvre. Ce lavage non seulement nettoie les pis mais aide également à détendre la chèvre. Ensuite les pis doivent être essuyés avec une serviette propre et sèche et la session de traite peut commencer.

Gardez en tête que les chèvres sont souvent déshydratées après une traite et il est important de leur offrir de l’eau fraîche et du foin dès que la traite est terminée. En règle générale, le lait est stocké dans un réfrigérateur immédiatement après la traite. Sinon, il est pasteurisé et refroidit ensuite.

  1. Prendre soin des chèvres

Malheureusement, les chèvres souffrent souvent de différents vers et parasites. Il est bon de vermifuger souvent les chèvres. Dans les magasins spécialisés, vous pouvez trouver des produits vermifuges pour chèvres en granules, qui détruisent les principaux parasites gastro-intestinaux trouvés dans les chèvres. Vous devez également vacciner vos chèvres une fois par an, toujours après avoir consulté votre vétérinaire. De plus, il est primordial de s’assurer régulièrement du bien-être de vos chèvres. La diarrhée est un symptôme courant d’une chèvre malade. Une chèvre isolée du troupeau, ne mâchant pas, ne buvant pas d’eau, les yeux larmoyants, dormant toute la journée et n’étant pas capable de se tenir debout, montre également des signes de mal être. Souvenez-vous que la température corporelle normale d’une chèvre est comprise entre 38,5°C et 39,7°C.

Les éleveurs doivent également tailler les sabots des chèvres (avec une pince coupe-onglons) pour éviter les infections. Il est nécessaire de vérifier les sabots toutes les semaines, mais la taille doit être effectuée tous les deux mois. Enfin, quelques fermiers lavent et brossent leurs chèvres au moins une fois par an, de préférence avant la chaleur estivale, avec un shampooing spécial.

Quelles seront les conséquences de la Pac 2023-2027 pour les éleveurs caprins français ?

La réforme de la Pac s’appliquera pour la campagne 2023 et jusqu’en 2027. La principale nouveauté est la création des éco régimes. Les éco régimes sont une nouvelle aide, facultative pour les agriculteurs, pour récompenser les pratiques favorables à l’environnement. Dotés de 25 % du premier pilier, ils remplacent le paiement vert, dont le montant était lié aux paiements de base. Deux niveaux de paiement sont prévus selon l’exigence environnementale, le standard, autour de 54 €/ha, et le supérieur, autour de 76 €/ha, identiques sur tout le territoire. Sur les trois voies d’accès possibles, la voie de la diversité des assolements sera sûrement la plus utilisée.

Seuls les « agriculteurs actifs » pourront toucher la plupart des aides de la Pac, selon une définition que chaque État membre doit préciser. Les critères pourront être un niveau minimal d’activité agricole, un âge maximum (par exemple 67 ans, âge de la retraite à taux plein) et/ou l’obligation de cotiser à l’assurance contre les accidents du travail (Atexa). 

 

Les perspectives semblent toujours positives pour la filière caprine, malgré la hausse des matières premières, la dévalorisation du chevreau et les aléas climatiques plus fréquents. Le contraste est frappant avec la situation en Espagne (prix et collecte en berne), et aux Pays-Bas où la filière fait face à des contraintes environnementales de plus en plus drastiques. 

On espère donc qu’encore pour de nombreuses années à venir, le bonheur restera dans le pré !

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