Tout savoir sur l’élevage de lapin de chair VS cuniculture

Sur l’échelle de l’évolution humaine, la domestication d’animaux est un phénomène récent. Datant d’il y a seulement 10 000 ans environ, elle aurait précédé celle des plantes. Le réchauffement climatique à la fin de l’ère glaciaire rend possible la sédentarisation des humains et le début de l’agriculture. L’élevage résulte d’une symbiose entre l’être humain et l’animal, chacun reconnaissant les avantages de la cohabitation. En France, l’élevage concerne aussi bien les moutons, les cochons, les bovins… mais aussi les lapins !

L’élevage de lapin de chair se caractérise principalement par un élevage dans des cages dites en batterie avec de fortes densités allant de 15 à 20 lapins/m ². Ce mode d’élevage met en évidence le manque de bien-être animal au vu d’un environnement non approprié aux besoins du lapin et qui peut donc engendrer de nombreux troubles et maladies.

La cuniculture est l’élevage des lapins domestiques. Elle s’est développée à partir du Moyen Âge en Europe, mais n’a réellement pris son essor que récemment. Elle a pour objet principal la production de viande, mais aussi celle des poils ou de fourrure, ainsi que l’approvisionnement de laboratoire en animaux pour leurs expérimentations et recherches. Certains ont la chance d’être adoptés au sein d’une famille aimante avec pour seule contrainte de se retrouver enlacé dans les bras d’un enfant pour une séance de câlins !

Malgré la faible consommation des Français concernant la viande de lapin, la France se situe en troisième position pour l’élevage de lapins en Europe, après l’Italie et l’Espagne, assurant ainsi la majorité de la production mondiale aux côtés de la Chine. La filière cunicole française est divisée en deux systèmes de production : le système familial ou traditionnel (tournés vers l’autoconsommation avec des pratiques peu intensives) et le système dit « rationnel  ». Ce dernier concerne les élevages de grande taille avec un cycle de production très court qui leur permet d’être très productifs. La plupart des élevages sont à la fois naisseurs (où les lapines se reproduisent) et engraisseurs (où les lapins grandissent avant d’être envoyés à l’abattoir). 

UN BON ÉLEVAGE DANS DE BONNES CONDITIONS

Pour se lancer dans l’élevage de lapins, il est indispensable d’avoir de sérieuses connaissances. C’est une base essentielle pour avoir un élevage en bonne santé. La cuniculture est donc destinée principalement aux professionnels et non aux amateurs. Notons que depuis quelques temps, certains cuniculteurs se lancent dans l’élevage de lapins de compagnie pour les revendre ensuite à des particuliers ou à des animaleries.

Pour débuter  dans la cuniculture, il est essentiel de bien choisir sa race de lapin. Elle doit être adaptée à : l’usage que vous souhaitez en faire, vos contraintes en espace, votre matériel et bien sûr votre budget.

Que ce soit au moment de la reproduction ou en période de croissance, le lapin possède des besoins particuliers qu’il faudra adopter pour son équilibre et son bon développement. Le lapin a ainsi besoin de pouvoir bouger, se redresser, sauter et d’activité. Il a également besoin d‘une alimentation adaptée et de contacts sociaux. Enfin, il lui faut un espace structuré et un sol adapté afin de se retirer et se reposer en toute sécurité.

Le système « rationnel  » actuel d‘élevage répond à très peu de besoins du lapin et est pauvre en stimuli. La forte densité et les dimensions des cages rendent impossible l’ensemble des mouvements nécessaires à son bien-être et limitent les interactions sociales essentielles à son équilibre. 

Pour élever vos lapins, il existe plusieurs types d’enclos. Que ce soit pour des lapins fermiers ou bien pour des lapins domestiques, vous pouvez, en effet, les élever dans des enclos fermés, en semi-liberté ou encore dans des clapiers.

  • La méthode d’élevage la plus recommandée est celle en semi-liberté.  Elle permet, en effet, d’élever des lapins dans un environnement sain et naturel : favorise le bien-être des animaux.
  • En clapiers : méthode d’élevage plutôt destinée aux grandes exploitations. Cela permet de garder les animaux à l’abri des intempéries  mais aussi de les protéger des prédateurs. Pour accueillir un mâle, une femelle ou même des lapereaux, il faut installer votre clapier au bon endroit : pas trop d’exposition au bruit, éclairage de faible intensité, température entre 15 et 20°C (pour les bébés, le nid doit être à environ 29°C) et une humidité qui ne dépasse pas 80%
  • Enfin, l’élevage en cage selon l’objectif de l’éleveur : 
    • La cage de reproduction est celle où la lapine met bas et nourrit ses lapereaux durant plusieurs semaines, jusqu’au sevrage. Qu’elle soit à l’extérieur ou à l’intérieur, la cage de reproduction doit être assez large pour accueillir tous les futurs bébés.
    • La cage de mâle, quant à elle, permet d’accueillir le lapin mâle. C’est dans cette cage que les saillies sont effectuées.
    • Enfin, la cage d’engraissement est pensée pour l’élevage des lapereaux sevrés. Il faut vous assurer que la cage soit adaptée au nombre de lapins que vous allez accueillir.

Comme la plupart d’entre nous ( ☺ !), un lapin a besoin d’être propre, dans un environnement propre ! C’est pourquoi l’hygiène est primordiale ! Pour élever vos lapins dans les meilleures conditions et plus particulièrement pour l’élevage en clapiers, il faut respecter des règles d’hygiène strictes. Cela vous permettra d’éviter la naissance et la croissance de maladies mortelles et contagieuses : nettoyer et désinfecter vos enclos le plus régulièrement possible avec les bons produits (faire la même chose pour tout votre matériel d’élevage et vos accessoires), retirer les excréments de vos lapins quotidiennement de leur espace de vie mais aussi refaire entièrement la litière chaque semaine. Enfin pour protéger votre élevage de lapins de certaines maladies graves pour lesquelles ils sont sensibles, vous pouvez vacciner vos animaux contre la myxomatose ou bien la VHD, par exemple.

Une quantité importante d‘antibiotiques est utilisée dans les élevages de lapins, notamment en maternité afin de contrer les problèmes de mortalité élevée. Le lapin est ainsi l‘espèce la plus exposée aux antibiotiques dans les systèmes d‘élevage actuels en France.

LEGISLATION ET CERTIFICATION

Malheureusement, il n‘existe actuellement aucun texte réglementaire en France concernant la protection minimale des lapins de chair. L‘élevage et la détention des lapins ne sont régis que par les articles généraux du code rural, en particulier l‘article L214-1 concernant la protection des animaux : « Tout animal étant un être sensible doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce.  » Ce type de texte réglementaire, très généraliste, ne peut pas être contrôlé sur le terrain.

Des contrôles des services vétérinaires sont réalisés pour vérifier les conditions d’hébergement des animaux, le bon état général des animaux et les soins vétérinaires éventuellement apportés. Par exemple, lors d’un contrôle, l’inspecteur vérifie que les lapins aient de la nourriture et à boire en quantité et qualité suffisante et qu’ils ne soient pas malades, ne souffrent pas et soient correctement soignés.

Trois certifications principales existent concernant la cuniculture :

  • La CCP (Certification Conformité Produit) apporte très peu de changements sur la conduite et les moyens de détention des élevages de lapins de chair. Elle garantit une qualité régulière et différenciable du standard. 
  • Le Label Rouge : les conditions en maternité sont similaires à celle de l‘élevage « rationnel  ». Par contre, en engraissement, les lapins sont détenus dans des parcs de 2,5 m ² avec une densité de 10 lapins/m ².
  • Agriculture Biologique : les lapins sont détenus dans des cages mobiles au milieu de pâtures ou bien dans de grands parcs pour l‘engraissement. Cependant, dans la majorité des élevages, un fort taux de mortalité y est présent, autour de 40%.

Un système alternatif se situant entre l‘élevage « rationnel  » et l‘élevage biologique pourrait être envisageable, semblable au parc d‘engraissement Label Rouge.

DES ENJEUX QUI DÉPASSENT LES FRONTIÈRES

Les filières cunicoles dans les différents pays européens sont confrontées à de nombreux enjeux communs. La baisse de la consommation de viande en général, et du lapin en particulier, impacte directement la santé économique des filières : la viande de lapin peine à séduire les jeunes car elle entre plus difficilement que d’autres dans les modes culinaires actuels basés sur la simplicité et la rapidité. Enfin, des attentes sociétales fortes en termes de bien-être animal ou d’usage des antibiotiques sont devenues l’objet de discussions à l’échelle européenne en partie sous l’impulsion et la pression de certaines associations de défense des animaux ou de l’environnement.

Certains pays de l’Union (Belgique, Pays-Bas et Hongrie) se sont orientés vers une production répondant à des normes de bien-être animal exigeantes. D’autres, comme l’Italie ou l’Espagne, envisagent plutôt d’investir dans des outils de production modernes et compétitifs bien que l’Italie ait initié récemment une démarche vers le logement en parc. Dans ce contexte, la filière française occupe une place intermédiaire dans le paysage européen. Le bon niveau technique permet des coûts de production compétitifs, grâce à des éleveurs performants accompagnés par leur structure de production, les sélectionneurs, des professionnels de la nutrition ou des vétérinaires spécialistes du lapin. De plus, les acteurs français se sont engagés dès 2012 collectivement et avec succès dans la réduction de l’usage des antibiotiques, ce qui reste un modèle en Europe. Cependant, l’élevage «bien-être» reste minoritaire dans l’hexagone, en particulier au regard des situations belges, néerlandaises et hongroises plus avancées dans le domaine des logements en parcs ou en cages enrichies.

Le bien-être animal est une notion difficile à mesurer et regroupe plusieurs aspects : le mode de logement en fait naturellement partie mais cette notion recouvre aussi les cinq libertés (ne pas souffrir de faim et soif, ne pas souffrir de contrainte physique, être indemne de douleurs et de maladies, liberté d’exprimer des comportements normaux et être protégé de la peur et de la détresse) ainsi que l’attention de l’éleveur envers ses animaux. 

UN LAPIN SAIN DANS UN ELEVAGE SAIN ! VERS UN AVENIR PLUS RESPECTUEUX DE L’ANIMAL

L‘élevage de lapins devrait leur permettre d‘avoir des contacts sociaux, un espace suffisant pour exprimer leurs comportements locomoteurs et de réaliser diverses activités pour éviter les comportements stéréotypés.

  • En maternité : En maternité, pour le moment, les parcs individuels ou les cages aménagées semblent être  la seule alternative envisageable. En effet, les nombreux comportements agressifs existants entre lapines lorsqu‘elles sont en groupe sont un frein au développement de parcs pour une éventuelle détention en groupe. Ces cages aménagées seraient équipées de mezzanines, de repose-pattes, ainsi que d‘éléments à  ronger.
  • En engraissement : L‘utilisation de cages s‘est développée afin de permettre un engraissement par portée. Actuellement, cette pratique n‘est plus répandue en particulier en raison de l‘augmentation des tailles de portée. L‘utilisation de parcs présente alors une bonne alternative offrant davantage de liberté de mouvements aux lapins.

L’un des principaux axes de réflexion de la filière cunicole concerne actuellement le logement des lapins. Des alternatives à la cage standard peuvent aujourd’hui être utilisées, comme les cages « bien-être ». Ces cages sont équipées de systèmes de repose-pattes de type caillebotis pour que les lapins puissent alterner avec un sol grillagé et ainsi éviter des blessures au niveau des pattes. Ces cages possèdent également une mezzanine permettant à la mère de s’isoler des lapereaux quand elle le souhaite puisque en temps normal la lapine ne rend visite à ses petits qu’une à deux fois par jour pour les nourrir. De plus, il est possible de rajouter des matériaux manipulables dans les cages pour enrichir le milieu de vie des lapins. 

La filière souhaite également se tourner vers un mode de fonctionnement plus engagé : multiplier par 10 sa production de Label Rouge et augmenter la production de la viande de lapin issue d’élevages alternatifs à la cage et ouvrir une réflexion avec la distribution, l’agence BIO, la FNAB et l’ITAB sur les leviers de développement de la filière cunicole biologique.

Le projet 3L (Living Lab Lapins) prévoit  un système d’élevage socialement accepté où les lapins pourront mieux exprimer leurs comportements naturels (se dresser, ronger, bondir).

Depuis 2017, l’association « Éleveurs et bien » a mis en place un nouveau mode d’élevage alternatif des lapins en faveur du bien-être animal. Les lapins sont élevés au sol dans de vastes enclos, leur permettant d’exprimer leurs comportements naturels, avec des refuges leur servant d’abri s’ils souhaitent s’isoler. Ce projet innovant a abouti à la création de la marque « Lapin & Bien » permettant de commercialiser les produits issus des éleveurs impliqués dans cette démarche. 

Face à ses concurrents européens, la France n’est pas menacée si elle parvient à se mobiliser collectivement sur les questions sociétales car elle a peu de faiblesses spécifiques et jouit à l’inverse de nombreuses forces non partagées par ses concurrents notamment sur le plan technique et structurel. 

La performance d’un élevage repose sur l’équilibre entre la bonne santé de l’élevage et de l’éleveur, le respect de l’animal et de son bien-être. Le monde change, les idées évoluent et les nouvelles générations sont plus soucieuses de trouver des solutions et alternatives à un environnement pérenne pour tous ! 

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