Tout savoir sur les élevages intensifs

83% des poulets de chair sont élevés sans accès à l’extérieur, 36% des poules et 99% des lapins sont élevés en cage, 95% de cochons sont élevés sur caillebotis en bâtiments… Et encore bien d’autres chiffres alarmants que nous pourrions citer… Ces animaux sont élevés exclusivement dans une optique de productivité et de rentabilité. Ils sont enfermés dans des espaces réduits, mutilés, engraissés, les petits sont séparés de leurs mères…

L’agriculture intensive s’est développée dans les années 50-60 avec la modernisation de l’agriculture après la seconde guerre mondiale. Cette agriculture est liée à l’accroissement de la population et ses besoins grandissants. Les états ont donc sollicités le monde agricole pour produire plus, plus rapidement  afin de répondre aux besoins des Hommes.

Elevage intensif vs élevage extensif

Extensif ? Ce mot ne vous dit sûrement rien. Si je vous dis intensif ? Là ça vous parle. Ces mots définissent les types d’élevage utilisés en France. Ces deux systèmes agricoles utilisent des méthodes quasiment opposées.

 « 90 % des Français contestent l’élevage intensif. »

 

1.       L’ÉLEVAGE INTENSIF EN FRANCE

« Environ 80 % des animaux sont élevés en intensif en France. »

La rentabilité est le maître mot de cette forme d’élevage ! Et cela passe avant tout par le fait de ne pas perdre 1mm². Les animaux sont donc entassés dans des hangars sans avoir (la plupart du temps) accès à l’extérieur, certains sont même couchés volontairement toute leur courte vie (comme les truies de reproduction). Les bêtes marchent sur du béton sans litière ou sur caillebotis et dans leurs excréments du fait de la surpopulation. Cela engendre des maladies et l’administration de médicaments sont systématiques.

«La mortalité des veaux dans les élevages Français est élevée : environ 950 000 chaque année. »

En effet, si le vétérinaire devient trop cher et que le coût de la viande est trop bas, certains éleveurs se passent de leurs services par souci d’économie. Des mutilations sont systématiquement infligées, l’utilisation d’hormones pour accélérer la croissance et la masse musculaire ou l’administration d’antibiotiques en prévention sont une pratique courante voir obligatoire pour produire toujours plus ! La reproduction est rarement naturelle (insémination artificielle) et au coup sur coup, c’est-à-dire que la femelle est en gestation en continu. On lui enlève ses petits rapidement, voire dès la naissance, pour pouvoir prélever son lait et les engraisser. Aucun contact maternel ! La plupart des animaux sont élevés par lot.

 « 20 % des cochons meurent dans les élevages Français avant leur abattage. »

De nombreux individus meurent bien avant l’âge d’abattage dans des conditions abominables. Ils sont privés de leurs comportements naturels : marcher, bouger, manger des aliments adaptés ou bien interagir entre eux… Leur santé devient donc fragile avec beaucoup de stress.

2.       L’ÉLEVAGE EXTENSIF EN FRANCE

L’élevage extensif (utilisé en agriculture biologique) est basé sur l’utilisation des ressources naturelles qui l’entourent : nourriture, ressources en eau potable… Il est également vigilant sur la faible densité des animaux sur les parcelles.

 « 80.000 exploitations agricoles dépendent de ce type d’élevage en France »

Le producteur recherche une autonomie sans viser une forte productivité par animal. Il respecte également l’unité de densité. Il va donc moins gagner sa vie qu’un éleveur en intensif, mais cela permet de nous confirmer qu’il fait cela par passion et amour des animaux.

« Le lien à l’animal demeure pour 76 % des éleveurs l’essence de leur métier. »

Les animaux vivent dans des bâtiments paillés avec possibilité d’accéder à un extérieur. Ce mode d’élevage limite au maximum les intrants et la nourriture est directement produite à la ferme (fourrage, céréales…).

Les animaux vivent au maximum dans leurs conditions naturelles, leur santé est moins fragile et ils restent fertiles. Les soins vétérinaires sont curatifs et non préventifs, et les médecines douces seront privilégiées.

L’utilisation d’hormones et d’antibiotiques est interdite. Si, dans un souci de limiter la souffrance animale, des médicaments chimiques ou de synthèse sont prescrits, l’animal sera écarté de la filière Bio.

La saillie naturelle est quasiment systématique et évite des frais supplémentaires (semences, insémination…).

Concernant le transport des animaux pour l’abattage, des règles plus strictes que le circuit traditionnel existent. Une certification AB est obligatoire dans les abattoirs de viandes biologiques. Il existe aussi le Label Rouge qui garantit une viande de haute qualité.

Le temps du transport doit être réduit au maximum à une journée et aucun calmant ne peut être administré aux animaux pour les apaiser. L’interdiction d’utiliser un dispositif électrique pour faciliter la montée ou la descente des moyens de transport. Pas de violence ou d’étourdissement sur l’animal avant d’être abattu.

«20 % des producteurs ont choisi de vendre leurs productions en circuit court. »

 «En France, la viande bio est distribuée par 1 grande surface sur 3. »

Pour valoriser ses produits, l’éleveur bio va s’orienter vers la certification et les labels (signes de qualité). On retrouve les labels bio : AB, Label rouge, Ecocert… qui possèdent un cahier des charges très strict.

L’élevage intensif est donc un modèle quantitatif, tandis que l’élevage extensif est un modèle qualitatif.

Une réalité bien difficile pour les animaux

Concrètement, ces exploitations intensives concentrent plus de 750 emplacements pour les truies, plus de 2000 emplacements pour les porcs de production (de plus de 30 kg), plus de 40 000 emplacements pour les volailles, plus de 400 vaches laitières et enfin plus de 800 animaux pour les élevages de veaux de boucherie et les bovins à l’engraissement. Le ministère de la Transition écologique dénombre environ 8000 installations de ce type aujourd’hui.

Ces exploitations agricoles produisent une quantité faramineuse de viande par rapport à leur proportion sur le territoire. D’après un rapport de l’ONG Greenpeace en 2018, les fermes ICPE ont produit plus de 60% de la production totale de viande de porc, de volaille et d’œufs en 2013, alors qu’elles ne représentaient que 1,1% du total des exploitations sur cette même année.

L’un des pires exemples de souffrance dans ces élevages est le poulet à chair moderne. Cet animal a été sélectionné pour une croissance si forte et rapide qu’il est prêt pour l’abattoir en 40 jours seulement. Les poulets d’élevages industriels développent des plaies, boitent et ont déjà le cœur et les poumons épuisés au moment d’être abattus.

·         Sélectionnés pour la rentabilité : Les souches d’animaux sélectionnées favorisent la fécondité ou la capacité d’engraissement. Les poussins mâles issus de la souche «pondeuse» sont éliminés par broyage ou gazage au début de leur très courte vie. Les femelles nées dans les lots « foie gras » sont tuées  car seuls les mâles sont utilisés au gavage.

·         Elevés par lot : la plupart des animaux sont élevés par lots – tous les animaux d’un lot ont le même âge : naissance, sevrage, engraissement, transport et abattage sont ainsi planifiés et synchronisés.

·         Séparation mère / petits : les œufs de poules, de cannes ou de dindes, éclosent par milliers dans des armoires à incubation, donnant naissance à de jeunes oiseaux qui cherchent en vain un contact maternel. Pour la production de lait, les vaches, brebis et chèvres sont généralement inséminées chaque année. Les petits auxquels elles donnent naissance leur sont rapidement enlevés. Ces séparations affectent aussi bien les jeunes que leurs mères. Les truies sont entravées et ne peuvent développer que des relations écourtées avec leurs petits.

·         Productivité poussée : les poules pondeuses pondent aujourd’hui près de 300 œufs par an contre une quinzaine lorsqu’elles vivent à l’état sauvage.

·         Mutilés pour cohabiter : dès le début de leur vie, des mutilations sont pratiquées pour «adapter» les animaux à l’isolement, à la surpopulation des élevages ou au goût des consommateurs : épointage des becs, dégriffage des pattes des poules et des canards, coupe des queues, rognage des dents des cochons, écornage des veaux, castration des cochons, des veaux, des chapons…

·         Comportements limités : étendre les ailes, se dresser, fouiner, ronger, explorer, élever ses petits, se déplacer, prendre l’air… La liste des comportements entravés est longue dans la plupart des élevages.

·         Mortalité en élevage : de nombreux animaux meurent avant d’avoir atteint l’âge où ils sont abattus.

·         Transportés sur de longues distances : les animaux peuvent être transportés sur de longues distances. Les trajets à travers l’Europe restent fréquents. Le chargement, le transport et le déchargement sont de grandes sources de stress pour les animaux.

·         Abattus à la chaîne : une directive européenne tente de limiter les souffrances inévitables de la mise à mort des animaux mais les infractions restent trop nombreuses.

L’élevage intensif : le maux à bien des problèmes

Pour autant, l’enjeu du bien-être animal n’est pas la seule raison avancée par les partisans d’une sortie de l’élevage intensif. Les impacts sur le climat et la biodiversité sont aussi pointés.

« L’élevage Français produit plus de 800 mille tonnes de fumier par jour. »

·         Déforestation et gaz à effet de serre. Lors de leur décomposition, les déjections produites par les animaux vont être une source importante de gaz puissants, tel que le méthane, qui participent également à la destruction de la couche d’ozone. La dramatique déforestation de la forêt sud-américaine est consécutive à l’intensification des cultures de soja et de maïs (majoritairement des OGM) qui nourriront les animaux d’élevage intensif. De fait, l’élevage est responsable de 14,5% des émissions de gaz à effet de serre et de 65% de la déforestation en Amazonie.

·         Catastrophe sanitaire : la forte concentration des animaux et leur faible diversité́ génétique favorisent le développement et la transmission d’agents pathogènes potentiellement transmissibles à l’homme.

·         Destruction des sols par l’utilisation massive de pesticides et par les importantes quantités de rejet d’excréments de tout ce bétail.

·         Dépenses colossales en eau qui servent à abreuver le bétail ainsi qu’à arroser le soja et le maïs qui vont les nourrir (Pour produire 1 seul kilo de bœuf, il faut au final 15 500 litres d’eau).

·         Fortes nuisances pour les riverains : pollution visuelle, odeurs nauséabondes, bruits dus aux nombreux passages de camions, prolifération des mouches…

Vers une sortie de l’élevage intensif ?

Les ONG ne sont par ailleurs pas les seules à soutenir une fin de l’élevage intensif à travers l’Europe. Les consommateurs y semblent majoritairement favorables : plus de 9 Français sur 10 sont défavorables à l’élevage intensif de poulets lors d’un sondage IFOP de 2018 cité par L214.

Plus de 140 scientifiques ont demandé de mettre fin à l’élevage en cage partout dans l’UE. «La recherche scientifique montre que les cages ont des désavantages sévères sur le bien-être animal » et «de meilleurs moyens d’élevage existent».

Même son de cloche du côté des grandes entreprises alimentaires à travers l’Europe : une dizaine d’entre elles, dont Nestlé, Unilever et Ferrero, ont aussi exprimé leur soutien à la fin de l’élevage en cage. Les signataires affirment que «nous partageons les préoccupations des consommateurs, de la société civile et des gouvernements concernant le bien-être des animaux d’élevage».

La fin de la souffrance animale

Une enquête de l’association L214, pointe la souffrance des animaux en élevage intensif. Au niveau européen, l’initiative citoyenne « End the Cage Age » exige la fin de l’élevage en cage. Les poulets seraient les «premières victimes» de ce mode d’élevage en France : 800 millions de poulets ont été élevés et tués en France en 2016, et la demande ne cesse d’augmenter, ayant enregistré une hausse de 40% en seulement dix ans. Or, la plupart des poulets passent leur très courte vie en élevage intensif. Un mode d’élevage catastrophique auquel il faudrait donc mettre fin en France comme en Europe et le reste du monde.

« 300 millions d’animaux souffrent dans des cages à travers l’Europe. C’est cruel, pas nécessaire et n’a pas sa place en Europe. »

Mais alors que les demandes pour une fin de l’élevage intensif en Europe se bousculent, comment réaliser cette transition dans les faits ?

Une consommation différente

Un impératif majeur pour sortir de l’élevage intensif est évidemment un changement de nos habitudes alimentaires (notre consommation de viande a quasi-doublé depuis l’Après-Guerre).

« La solution, c’est clairement une politique qui favorise la végétalisation de notre alimentation et qui s’engage à la ramener à la moyenne mondiale », estime Sébastian Arsac de L214, «Sortir de l’élevage intensif implique de prendre conscience de notre surconsommation de viande», explique-t-il.

Les consommateurs sont-ils prêts à payer plus cher ?

Les éleveurs français seraient prêts à produire selon des standards plus élevés mais cela aurait un coût. Pour des poulets élevés en plein air, comme c’est le cas en agriculture biologique ou sous la réglementation du label rouge, le coût de production se multiplierait par deux. Or, plus de 40% du poulet consommé en France est importé car moins cher. En d’autres termes : la volonté des éleveurs serait là, mais pas la demande.

 Activer les leviers réglementaires

Argument qui ne tient pas la route pour les défenseurs des animaux. La majorité des consommateurs seraient prêts à payer plus cher s’ils avaient la garantie que la production respectait vraiment des standards élevés. Un étiquetage harmonisé sur tous les produits d’origine animale, portant entre autres sur le mode de production et le bien-être animal, serait  indispensable pour accompagner les consommateurs et leur permettre de mieux faire leurs choix.

Il faut activer tous les leviers réglementaires au sein de la politique agricole. Or, en France, l’ambition politique pour entamer une vraie transition vers plus de bien-être animal serait très faible.

Les ministres de l’agriculture européens s’étaient, eux, accordés sur la création d’un label européen de bien-être animal. Mais le chemin pour réaliser de telles avancées semble encore long.

Eviter la concurrence déloyale en agriculture

L’Union européenne doit obliger les produits agricoles importés à respecter les mêmes normes environnementales que ceux produits en son sein pour éviter toute distorsion de concurrence.

Il serait bien sûr utopique de fermer tous les élevages industriels. Mais des solutions devraient être recherchées :

·         Réduire le nombre d’animaux dans les structures

·         Recycler le fumier afin de récupérer le méthane pour la production de biogaz.

·         Concernant la vente de viande, l’étiquette sur le produit devrait mentionner clairement les conditions d’élevage de tous les animaux

Tout cela afin de sensibiliser le consommateur et améliorer, en France, le circuit de production de la viande qui reste, de nos jours, inadmissible !

«Consommer de la viande bio c’est ne plus fermer les yeux sur les conditions de production et savoir exactement ce que l’on retrouve dans notre assiette.»

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